LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
gence 14. Toute l'existence chrétienne se constitue à partir de
Dieu agissant comme parole de salut, en Jésus-Christ.
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Ce n'est pas à dire que les Pères, les conciles, l'Église, n'aient
aucune place dans le christianisme des réformateurs. Tous,
même Luther, qui a sans doute été le plus radical ici, ont retenu
les anciens conciles, au moins les quatre premiers, mais éven-
tuellement encore le sixième 15. Tous ont conservé l'usage de
baptiser les enfants, qui passait pour un cas de tradition aposto-
lique non écrite 18. Zwingli, Calvin, Théodore de Bèze, de même
que Mélanchton à partir de 1527 et surtout au cours de la contro-
verse eucharistique, citent les Pères : Calvin l'a même fait de
plus en plus, après 1534 17. Les calvinistes font de même, mal-
gré le reproche d'inconséquence qu'ils s'attirent ainsi de la
part des catholiques 18. Ils éditent même les Pères 19, et l'étude
qu'ils en font provoque, parmi eux, un assez grand nombre de
conversions 20. D'une façon générale, les protestants recon-
naissent la pureté de l'Église ancienne qui représente, pour eux
aussi, dans l'histoire, un moment privilégié. Pendant plus d'un
siècle après les déchirements de la Réforme, le consensus des
cinq premiers siècles fut admis par beaucoup comme critère
empirique d'authenticité et base possible d'une restauration de
l'unité chrétienne 21.
Inconséquence? Trahison du principe de la Scriptura sola?
Non, car tous mettent à l'invocation de ces autorités, cette condi-
tion: dans la mesure où elles sont conformes à la parole de Dieu,
c'est-à-dire à l'Écriture. Mélanchton, qui se montrait le plus
accueillant aux témoins de la tradition, surtout dans le moment
de son commerce avec Constantinople, est peut-être aussi le
plus formel: il faut écouter ces témoins, il faut suivre l'Église,
quand leur enseignement est conforme à celui de l'Écriture 22.
C'est, nous l'avons vu, son insuffisante valorisation de la tradi-
tion qui a fait échouer la tentative d'entente avec les ortho-
doxes poursuivie par Mélanchton (supra, ch. III, B, n. 13). Les
apports de tradition n'ont aucune valeur autonome par rapport
à l'Écriture; encore moins s'ils la contredisaient. Au nom de ce
critère, on rejette ou abroge nombre d'observances, coutumes
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