LA TRADITION ET LES TRADITIONS
(ritus) ou « traditions » que «< Rome » est accusée d'avoir ajou-
tées, et surtout équiparées aux institutions divines : quatre ou
cinq des sacrements, le purgatoire, la prière pour les morts, le
culte des images, les cérémonies et les fêtes, le jeûne, les vœux
monastiques, etc. 23. Ici encore, cependant, plus que sur une
référence à un texte particulier, les réformateurs insistent sur
le contenu de l'Écriture comme critère de discernement. Ils
reprochent à ces «< traditions humaines » de ramener les âmes
à une situation judaïque, de les empêcher de chercher leur salut
et leur assurance dans le seul Christ, par la foi, et ainsi, de leur
enlever la liberté que le Christ leur assure 24.
En tout cela, le principe de tradition n'est pas nié, mais ses
applications sont rigoureusement soumises au critère souverain
des saintes Écritures, pris tant sous son aspect matériel (le
contenu) que sous son aspect formel. Une porte demeurait
entrouverte. Elle devait demeurer entrouverte même après le
décret tridentin, mais dans un climat, déjà, de raidissement.
Martin Chemnitz, l'un des fondateurs de l'orthodoxie luthé-
rienne († 1586), distinguait, en effet, d'abord sept espèces de
traditions qu'il déclarait admettre comme étant, ou contenues
dans les Écritures, ou conformes à elles, Scripturae consentaneae,
à savoir: 1º le message du Christ et des apôtres dans sa géné-
ralité; 2º la transmission des Écritures; 3º la forme primitive du
symbole; 4º l'exégèse apostolique; 5º les dogmes tirés de l'Écri-
ture; 6º ce en quoi consentent les Pères; 7º les rites antiques 25.
On le voit, la position de Chemnitz n'était pas radicalement
négative. Elle le devenait résolument, cependant, à l'égard d'une
huitième espèce de traditions, que revendiquait le concile de
Trente en affirmant, en effet, la valeur normative de traditions
apostoliques non contenues dans l'Écriture, le concile avait fait,
de la tradition, un principe formel différent de l'Écriture, sinon
autonome par rapport à elle. Chemnitz ne pouvait l'admettre.
Avec le concile de Trente et son censeur protestant, la ques-
tion des traditions apostoliques était définitivement devenue un
article du chapitre décisif, sur lequel portera toujours la contro-
verse, de la Regula fidei.
188
