LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
Mais, en vérité, au-delà même de cette question, c'était la
conception même du vrai rapport religieux qui était en cause.
La question fondamentale: le Rapport religieux :
a) En sa nature et son statut.
Il faut tout d'abord noter ce point d'une importance inesti-
mable en cette question où elles s'opposent, la Réforme et la
vieille Église veulent essentiellement la même chose se relier
aux apôtres et, par eux, au don souverain que Dieu nous a fait
en Jésus-Christ. Ce n'est pas pour son affirmation du caractère
unique et normatif des fondements apostoliques de l'Église, que
le catholicisme critique la Réforme. Les réformateurs ont sans
doute été victimes de la mauvaise position de la question, qui
prévalut souvent aux xive et xve siècles et qui était elle-même le
fruit des majorations excessives de l'appareil ecclésiastique, sin-
gulièrement de l'autorité pontificale. Beaucoup pensaient, ou bien
ils s'exprimaient de telle sorte qu'on pouvait entendre, que
« l'Église », c'est-à-dire pratiquement le pape, conférait son
« autorité » à l'Écriture en l'approuvant et en la déclarant cano-
nique. Luther croyait à tort d'ailleurs — pouvoir tirer de la
décrétale Cuncta per modum l'affirmation que le pape donne à
l'Écriture robur et auctoritatem 26. Mais la vraie tradition catho-
lique n'est pas telle. A travers le moyen âge et jusqu'à l'ensei-
gnement qu'avait reçu Luther lui-même, elle affirme la soumis-
sion du magistère, y compris celui du pape, à l'institution divine
et aux normes apostoliques 27. Ce n'est pas sur ce point que porte,
en vérité, le désaccord.
C
Pour la Réforme, le seul lien - non, sans doute, de fait, mais
assuré et normatif, divinement garanti, au moins à quelque
degré qui relie l'Église d'aujourd'hui, et chaque fidèle de
n'importe quelle époque, au fait unique des apôtres, est la sainte
Écriture. Les sacrements eux-mêmes ne remplissent ce rôle que
s'ils sont dûment administrés, c'est-à-dire célébrés conformé-
ment à l'Écriture. Mieux : il y a, dans la Réforme, une tendance,
particulièrement formelle et forte dans la théologie zwinglienne
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