LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
de consonance, entre ce surnaturel et la création naturelle. Rap-
pelons-nous ce qui a été dit plus haut sur la vue sapientielle de
l'Église ancienne. L'œuvre de Dieu était finalement celle d'une
unique sagesse, le Christ était aussi le Roi du monde et de l'his-
toire dans lesquels sa Rédemption s'insérait.
C'est pourquoi le catholicisme admet une continuité histo-
rique des faits uniques (ephapax) de l'histoire du salut. Cette
continuité est fondée historiquement dans une institution divine,
et finalement dans l'acte de l'alliance. Elle existe, positis ponendis,
soit dans les sacrements par rapport à la Pâque du Seigneur, soit
dans les ministères hiérarchiques par rapport aux apôtres, soit
dans la Tradition par rapport à la Révélation. Dans ces diffé-
rents cas, le temps de l'Église n'est pas celui d'une histoire
purement humaine au cours de laquelle les fidèles devraient se
référer, comme à un moment normatif, mais dont cette histoire
serait séparée, à l'ephapax de l'Incarnation et des apôtres : le
don de révélation et de salut fait par Dieu en Jésus-Christ et
par le moyen des apôtres, est source d'une vie dans l'Église, dans
l'histoire terrestre de cette Église : une vie dont le Saint-Esprit
est le principe d'efficacité divine. C'est pour cela que, fondé sur
le fait unique et normatif de la Révélation, réglé objectivement
par elle, un magistère institué peut être, à son tour, règle de la
foi ecclésiale dans l'histoire. Regula regulata, oui, mais aussi regula
(regulata et) regulans.
La Réforme protestante tendait à réduire la présence terrestre
du surnaturel à l'Écriture, tout comme elle tendait à réduire
l'action de Dieu (Dieu actif pour moi) à sa Parole. Nous disons :
<< tendait >> pour ménager une place aux énoncés sacramentels
maintenus par les réformateurs. En réalité, d'une façon ou d'une
autre, surtout dans la théologie réformée (Zwingli, Calvin, Barth),
les sacrements ne représentent plus un titre vraiment original
de présence corporelle du surnaturel; tout le moment terrestre
de celui-ci est ramené à l'Écriture. Les faits uniques de l'histoire
du salut n'ont pas d'autre présence dans l'Histoire que leur
appropriation par la foi dans la conscience de chaque croyant.
Ils ont été historiques une fois, à l'époque de l'Incarnation; ils
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