LA TRADITION ET LES TRADITIONS
sont sans cesse en possibilité d'efficacité depuis le ciel; ils n'ont
pas cette existence que l'Église ancienne reconnaissait, dans une
continuité de type historique, depuis l'Incarnation et les apôtres.
Il y a une appropriation, par la foi (et par un acte de Dieu, bien
sûr), du salut acquis en Jésus-Christ sur la Croix et maintenant
caché avec le Christ en Dieu, mais promis.
Il faut se méfier des formules simplistes. Parler, pour le catho-
licisme, d'une continuité et d'une présence ontologiques des
faits de la Révélation et de la Rédemption, dans l'Église, serait
ambigu. Pourtant, la différence entre l'ancienne Église et la
Réforme est sans doute à chercher dans le sens d'une opposi-
tion entre objectif-ecclésial, d'un côté, spirituel-personnel, de
l'autre 29. Qu'il y ait là, comme en tant d'autres articles, une
grande part de malentendus, qui devront être surmontés, de
mauvaises querelles qui devront être révisées, et surtout de demi-
vérités qui devront trouver, dans une intégration, un remède
à leurs insuffisances et à leurs distorsions: on peut le pressentir
en constatant que l'opposition n'est pas rigoureuse : spirituel et
objectif ne s'opposent pas en vérité, pas plus qu'ecclésial et per-
sonnel. Nous nous exprimons comme nous pouvons...
Une chose, du moins, demeure commune, et c'est un lien
objectif avec les faits uniques de révélation et de salut : la sainte
Écriture. Mais la façon d'en user n'est pas tout à fait la même.
Elle est, ici ou là, exclusive ou non exclusive, et ceci sous deux
aspects: soit au plan de la connaissance, soit au plan de la vita in
Christo.
b) Plus spécialement quant à la connaissance religieuse.
Pour l'ancienne Église, l'œuvre de Dieu est une son unité
foncière n'est brisée, ni par la distinction de naturel et de surna-
turel 3º, ni même par la rupture introduite par le péché, qui
appelle l'Incarnation rédemptrice. Le monde, la nature humaine,
la raison sont l'œuvre d'une même sagesse que l'Incarnation
rédemptrice et l'adoption de grâce 31. Il y a un unique monde du
Père, réconcilié et recréé dans le Fils incarné. Dès le second
siècle, l'Église a condamné l'hérésie marcioniste et, depuis, tous
192
