LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
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les dualismes de séparation et d'opposition. Dès lors, si la Révé-
lation est la lumière souveraine, elle n'est pas la seule lumière
valable. On ne peut tenir ni le principe de l'Écriture seule, en
un sens qui exclurait toute autre voie de connaissance et d'ail-
leurs, nous faisons tous usage de notre raison: qu'avons-nous
d'autre pour parler, pour concevoir un logos? — ni le principe
d'une synthèse purement et exclusivement christologique (gageure
de K. Barth). L'Écriture fait l'objet d'une lecture sapientielle,
s'attachant à connaître par le texte - mais sans exclure d'autres
moyens subordonnés -la réalité de l'œuvre de Dieu. Une
analogia entis bien comprise se conjugue avec l'analogia fidei qui
la suppose et l'inclut avant de la confirmer et de l'achever. Tandis
que, dans la perspective protestante, le rapport de connaissance
religieuse ou chrétienne est strictement limité par l'Écriture.
Pour l'ancienne Église, les saintes Écritures sont un don de
Dieu, mais non le seul. Elles sont un des moyens par quoi les
fidèles cherchent, dans l'Église, à trouver, pour en vivre, la plé-
nitude de réalité salutaire ou de communion avec Dieu. Elles ne
sont pas l'unique moyen, et si l'Église elle-même ne peut se
passer d'elles, il est arrivé et il arrive encore bien souvent que
les fidèles trouvent Dieu, dans l'Église, sans faire personnelle-
ment usage des Écritures. Dans l'usage même que l'Église en
fait, l'Écriture est traitée avec un infini respect, comme un
moyen d'atteindre, par la connaissance, à la réalité du don de
Dieu et de sa volonté. C'est pourquoi une simple lecture exégé-
tico-historique, une étude strictement textuelle ou philologique
des mots, si elle est un moyen nécessaire, n'est pas la mesure
limitative de l'intelligence chrétienne. La réalité du don de Dieu
est transmise d'une façon plus large et plus riche qu'elle n'est
textuellement énoncée. Et même dans les textes, elle est souvent
réellement visée et présente là même où l'on ne trouve pas les
mots qui, littéralement, la désignent. La réalité de l'amour de
Dieu dont les chrétiens vivent ne peut être adéquatement
atteinte par une étude exégético-historique de l'emploi du mot
<< agapè »>, encore que cette étude se soit révélée merveilleuse-
ment enrichissante; celle de l'Église dépasse de beaucoup les
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