LA TRADITION ET LES TRADITIONS
emplois du mot « ekklèsia » qui ne se trouve pas, par exemple,
dans la première épître de S. Pierre, pourtant remplie de l'idée.
Le mot «< charis », grâce, ne se trouve pas dans les évangiles de
Matthieu et de Marc et, ailleurs même, jamais dans la bouche
de Jésus... On pourrait multiplier les exemples de ce genre
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Or, le principe protestant de l'Écriture seule, s'il a provoqué
une étude extraordinairement fructueuse du texte sacré, porte
à réduire, non seulement le rapport religieux au rapport de foi
et de connaissance, mais cette connaissance elle-même à ce qui
en est textuellement accessible. Nous ne méconnaissons point,
nous ne voulons pas qu'on méconnaisse la réalité de communion
avec Dieu que l'âme chrétienne trouve dans la sainte Écriture
lue dans une attitude de foi : et ceci d'autant plus que la foi est
prise selon la totalité d'elle-même, c'est-à-dire comme confiance
et obéissance absolues à Dieu, non comme pure connaissance
métarationnelle. Dieu lui-même parle alors à l'âme; mieux : il
opère, par sa Parole, une communion de l'âme avec lui. Mais
c'est une communion toute « spirituelle », dans un sens théolo-
giquement assez proche de celui dans lequel nous parlons de
«< communion spirituelle » quand, la réception réelle du sacre-
ment étant impossible, l'âme s'unit d'intention au Seigneur. Des
protestants eux-mêmes, ayant fait une plus complète expérience
sacramentelle, ont reproché à la Réforme d'avoir intellectualisé
le christianisme et mis la compréhension de la chose au-dessus
de la possession de la chose elle-même 33.
Aux catholiques, en tout cas, et aussi aux convertis catholiques
du protestantisme, la Réforme donne l'impression d'avoir assez
largement substitué au rapport religieux ancien (toujours vécu
dans l'Église), qui est une communion réelle à des dons de Dieu
réels et présents, le rapport intentionnel de la foi à des réalités
promises. C'est ce que Ch. Journet entend lorsqu'il oppose
catholicisme et protestantisme comme une conception « ontolo-
gique » et une conception « mnémique » du christianisme 34. La
même différence a frappé W. H. Van de Pol, qui peut se référer
à une expérience personnelle des deux formes de vie religieuse 35.
Témoignages concordants de la part d'autres convertis, par
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