LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
exemple d'A. von Ruville 36 ou de F. de La Rive, qui écrivait:
Lorsque je devins catholique, j'éprouvai un sentiment analogue à celui
qu'on doit éprouver lorsque, après avoir souvent lu la vie de quelqu'un,
on fait la connaissance de ce quelqu'un et qu'on se trouve en rapports
directs avec lui. Je reconnus dans le Jésus-Christ de l'Église le Jésus-
Christ de l'Evangile; mais je compris que, si l'Evangile est le récit de sa
vie, l'Église est sa vie même : et je m'aperçus que j'avais passé d'une
relation affectueuse déjà et salutaire à un degré supérieur de relation
tout intime et plus active 37.
Il ne s'agit pas ici de chercher une victoire apologétique. Nous
savons qu'on pourrait citer des témoignages de sens contraire,
disant, eux : « En venant à la Réforme, j'ai trouvé l'Évangile,
j'ai trouvé la pureté et la liberté de l'Évangile, je suis passé de
l'encombrement étouffant de pratiques humaines au règne de
Dieu seul. » Mais peut-être, dans l'opposition de ces témoi-
gnages, se manifeste celle qui existe entre les deux conceptions
du rapport religieux au sein même de ce qui leur est commun,
à savoir la volonté de se relier aux apôtres :
A la pureté du témoignage apostolique, dit la Réforme.
A la plénitude de l'héritage apostolique, dit l'Église catholique.
Et c'est là, en effet, que l'Église situe la tradition en tant qu'elle
représente autre chose que l'Écriture. Plus d'une étude atten-
tive des oppositions entre Réforme et Catholicisme a, ces der-
niers temps, résumé les différences de façon semblable: pureté
et plénitude 38. D'un côté, référence à un modèle donné dans
la Parole écrite, modèle demeurant entièrement transcendant à
l'histoire au cours de celle-ci, l'Église chrétienne cherche seu-
lement à s'y conformer, en critiquant, par de perpétuelles
réformes, sa tendance à la synthèse, donc au syncrétisme impur 39.¸
De l'autre côté, affirmation du don de Dieu comme vraiment
entré dans l'histoire; en conséquence, une logique d'incarna-
tion, de vie, d'assimilation, dont il faut bien reconnaître qu'elle
doit sans cesse être examinée du point de vue des exigences de
sa pureté, mais qui ne s'en inquiète pas au point de stériliser la
spontanéité et la richesse de la vie. La démarche protestante
impliquant une recherche critique de la pureté d'après le modèle
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