LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
protestantisme une religion du livre. L'Écriture, disaient ces
théologiens, s'atteste elle-même : elle développe par elle-même sa
propre auctoritas; elle s'explique d'elle-même, c'est sa perspicuitas;
elle s'identifie adéquatement à la Parole de Dieu, il n'en existe
pas en dehors d'elle: sufficientia; elle porte l'efficacité salutaire
traditionnellement attribuée à l'Église, corps du Christ: efficacitas.
Cette scolastique luthérienne restait bien dans la ligne de la
protestation des réformateurs. Celle-ci engageait en effet, immé-
diatement la question suivante : quel moyen Dieu a-t-il disposé
pour que les hommes connaissent la vérité révélée? La thèse
catholique est que l'Écriture n'apporte pas par elle seule le sens
authentique et plénier de son texte : aussi Dieu a pourvu à ce
que l'explication en soit donnée dans l'Église, à savoir dans sa
tradition et dans son magistère. Dès là que ces instruments
étaient rejetés comme humains il devenait nécessaire, même
compte tenu du témoignage intérieur du Saint-Esprit, d'attri-
buer à l'Écriture elle-même une parfaite transparence. Du reste,
dans la scolastique de l'orthodoxie protestante du XVIIe siècle,
il n'est guère plus question du témoignage intérieur du Saint-
Esprit le livre, le texte sont, comme tels, affectés d'une valeur
absolue 46.
:
Pour la théologie catholique elle-même, le problème se posait
d'une manière nouvelle, ou tout au moins d'une manière qui
appelait un développement nouveau d'un de ses éléments. Si
l'on considère le contenu dogmatique de l'Écriture, on peut dire
qu'il avait fait l'objet d'une interprétation grosso modo unanime.
Une sorte de magistère objectif avait suffi: celui de la tradition
objectivement considérée-non, d'ailleurs, sans interventions
actives du magistère des conciles et du pape. Désormais, l'una-
nimité est rompue. On sera obligé de passer d'un magistère
objectif à un magistère d'autorité : nous voulons dire, à une
insistance sur le rôle actif du magistère. C'est bien en ce sens,
en effet, qu'ira la théologie catholique après le concile de Trente.
La dualité Écriture-Tradition est devenue une dualité Écriture-
Église, en mettant sous le mot «< Église »> surtout l'autorité hiérar-
chique, concentrée principalement dans l'autorité papale.
