LA TRADITION ET LES TRADITIONS
dans la Scriptura canonica; les canonistes innovaient moins
qu'on ne l'a dit, et de façon moins scandaleuse, quand ils équi-
paient les décrets pontificaux à l'Écriture ³.
Prenant rang dans la longue série des protestataires contre la
multiplication des déterminations papales, contre leur indis-
crétion, contre la majoration de leur autorité que faisaient
curialistes et canonistes, les réformateurs du XVIe siècle avaient
nié radicalement leur valeur normative en matière de foi et
même dans l'ordre du rapport religieux salutaire, qu'ils soumet-
taient à la seule Parole de Dieu. Ce radicalisme blessait la
conscience qu'avait l'Église d'être animée et assistée par le Saint-
Esprit. Dès lors, les Pères réunis à Trente furent guidés par un
double souci préciser et affirmer les principes dont l'Église
avait toujours vécu, éliminer les abus en cette matière comme
dans les autres 4. Le décret De canonicis Scripturis fut promul-
gué dans la IVe session, le 8 avril 1546.
Il situe lui-même son effort ou précise son dessein: il s'agit
de conserver dans l'Église la pureté de l'Évangile. Cet Évangile a
été promis par les prophètes, puis promulgué par Jésus-Christ,
le Fils de Dieu, qui a chargé ses apôtres de le prêcher à toute
créature, comme la source de toute vérité salutaire et de toute
discipline des mœurs. Le concile affirme donc avant tout l'unicité
de la source et la pleine valeur de source, fons, de l'Évangile.
Le point de jaillissement de cette source est la bouche de Jésus,
Fils de Dieu. Des moyens par lesquels elle atteint toute créature,
c'est-à-dire l'apostolat continué au-delà des apôtres, le concile
ne parle pas expressément; il se contente ici de préciser que la
vérité salutaire et la discipline des mœurs, dont l'Évangile de
Jésus est la source, sont contenues dans les livres saints et les
traditions non écrites qui, reçues par les apôtres de la bouche du
Christ ou transmises par les apôtres eux-mêmes sous l'inspira-
tion du Saint-Esprit, sont parvenues jusqu'à nous en passant
comme de main en main 5.
C'est au concile du Vatican, en 1870, que sera explicitée
l'affirmation d'une suite de l'apostolat : le ministère des docteurs
et pasteurs est, dans l'« Ecclesia » totale, porteur de cette conti-
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