CONCILE DE TRENTE ET THÉOLOGIE
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nuation de l'œuvre du Christ, Pasteur éternel de nos âmes.
L'opus Redemptionis dont parle le concile du Vatican répond
à l'Evangelium dont Trente proclame qu'il est « fons omnis et
salutaris veritatis et morum disciplinae ». Le concile de Trente
considère l'Évangile sous son aspect de révélation des règles
divines de croyance et de vie, non sous celui de puissance
active de salut : aspect qui est, on le sait, paulinien, qui domine
la pensée de Luther et qui n'échappait pas à la théologie catho-
lique de l'époque.
Il n'existe pas, à notre connaissance, de monographie sur la notion
d' « Évangile » chez les Pères et au moyen âge. Pourtant, quand les Pères
du concile de Trente emploient cette expression, ils lui donnent une plé-
nitude de sens qui est portée par toute une tradition. Dans celle-ci,
« Évangile », au singulier, signifiait d'abord, non le texte des quatre
Evangiles, mais un certain contenu salutaire : essentiellement le contenu
relatif à Jésus-Christ venu comme sauveur. Par là, « Évangile » se dis-
tinguait de «< loi » et de « prophétie ». Origène résume bien, croyons-nous,
cette plénitude de sens quand il définit l'Evangile: « D'une façon générale,
tout ce qui établit la venue du Christ et organise sa présence, la rendant
effective pour les âmes qui veulent bien recevoir le Verbe de Dieu lorsqu'il
se tient à la porte, qu'il frappe et veut entrer chez elles » (Com. in Jn, I,
4 (6), 26, G. C. S., p. 9, l. 18-22, cité par M. HARL, Origène et la
fonction révélatrice du Verbe incarné, p. 150). Il est juste de citer ici
Origène, car l'idée traditionnelle de l'Evangile est certainement liée à la
théologie du Verbe et de ses différentes présences actives.
Cet « Evangile » comprenait plusieurs valeurs : une doctrine (ce
qu'on appellera plus tard Evangelium de Christo), une promesse, une
présence de vie, enfin des exigences et, à cet égard, l'Évangile était
commandement ou loi nouvelle (mais, en lui, la grâce était donnée avec
l'obligation). On en parlait volontiers, en théologie, sous le titre : « De
lege Evangelii, quae dicitur lex nova ». Ainsi S. Thomas, Sum. theol.,
IIa IIae, q. 106, prol. Mais S. Thomas disait, avec insistance, que le prin-
cipal, dans cette « loi nouvelle », est la grâce du Saint-Esprit, et ainsi
montrait qu'il fallait aussi bien chercher sa pensée à ce sujet dans le
traité de la grâce, principe de justification et de sainteté...
Ce contenu était ressenti comme représentant une source, LA source du
salut et de la vie nouvelle. Cette image de source, souvent traduite plasti-
quement (quatre fleuves du paradis s'écoulant depuis l'Agneau; ou en
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