LA TRADITION ET LES TRADITIONS
liaison avec le Christ majestueux de la Traditio legis) est certainement
l'image dominante dans le christianisme ancien. On la retrouve dans la
liturgie de la fête des évangélistes et dans toute la tradition théologique.
Deux témoins, tous deux antérieurs au concile de Trente, et dont le
second y eut une certaine influence par ses écrits, Nicolas Herborn
(† 1535) et Jean Driedo (qui publie son De ecclesiasticis scripturis
et dogmatibus, en 1533), peuvent nous renseigner valablement sur ce
qu'on entendait par « Évangile » à l'époque du concile. C'est d'abord
l'Evangile écrit, non avec de l'encre, comme un document, mais dans les
cœurs, par l'Esprit de Dieu. Il est, dit Herborn, une puissance de salut,
la révélation de la grâce, la loi spirituelle de la vita in Christo (voir
TAVARD, op. cit., p. 165). Il est, dit Driedo, le contenu de la prédication
apostolique, la parole efficace du salut par la foi au Christ Jésus (cf.
MURPHY, The Notion of Tradition in John Driedo, 1959, p. 52 et 53,
n., p. 73, n. 1 et 74 s.). C'est tout à fait dans cette ligne que le concile de
Trente a vu, dans l'Evangile, la Parole prononcée par le Christ et
communiquée à l'Église par les apôtres, d'abord de façon purement orale:
parole vivante, véhiculant la puissance du Saint-Esprit (voir par ex. le
discours du cardinal Cervini, légat, C. T., V (Acta), p. 11). Depuis le
temps des apôtres, nous pouvons en recueillir le contenu, d'un côté par
des traditions issues de leur prédication, d'un autre côté par leurs écrits.
Ainsi Ecritures canoniques et traditions sont pour nous les deux canaux
par lesquels nous parvient la source de l'unique Évangile.
Deux points doivent être élucidés pour déterminer le sens du
décret du 8 avril 1546: 1° Que recouvrent, comme contenu, les
sine scripto traditiones dont il affirme l'autorité? 2º Écriture et
tradition sont-elles, pour le concile, deux sources différentes,
indépendantes et complémentaires de la Révélation, et si elles
le sont, en quel sens?
1º Les sine scripto traditiones visées par le concile.
Un fait a dominé les débats : la diversité des tendances parmi
les Pères ou les théologiens, l'absence d'une notion définie de
<< tradition ». Cela provenait de l'héritage reçu de la théologie
médiévale qui, tout en tenant pour une certaine suffisance de
l'Écriture, avait conservé leur valeur normative à des «< tradi-
tions >> parmi lesquelles on ne distinguait pas efficacement entre
celles qui venaient vraiment des apôtres et celles que l'Église
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