CONCILE DE TRENTE ET THÉOLOGIE
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bant dans un même décret avec le canon des livres saints. Il
fallait, en effet, recevoir celles-là et ceux-ci pari pietatis affectu.
Il n'est pas aisé de préciser de façon indiscutable le sens
exact de ce pietatis affectus. Pietas est un des termes les plus
riches et les plus polyvalents du vocabulaire ecclésiastique.
L'entendre comme signifiant « foi », comme fait le P. Tavard 29,
nous paraît forcer le sens; traduire par «< respect », « piété »,
serait, par contre, l'affaiblir : le concile a rejeté reverentia ou
quelque autre mot analogue. En réalité pietas, evσébela, est
l'attitude qu'il convient d'avoir envers ce qui apporte ou condi-
tionne, ou sert, le salut (comp. 1 Tm, 4, 8): un accueil plein de
respect et de confiance.
Quant à l'égalité de l'affectus pietatis, elle était impliquée dans
l'habitude de ranger Pères, conciles et décrets des papes dans
la Scriptura, ainsi que dans la tradition assimilant le respect dû
aux conciles à celui qu'on donnait aux Évangiles 30. Formelle-
ment, elle était justifiée par le fait que traditions et livres saints
viennent << ab uno eodemque Spiritu sancto 31 ». Nous verrons
plus loin que les catholiques cherchaient en effet dans ce prin-
cipe la justification théologique, non seulement des traditions
apostoliques dont il est exclusivement question dans notre
décret, mais de toutes les déterminations normatives posté-
rieures à la rédaction du Nouveau Testament et portées par
l'autorité de l'Église.
Si le décret du 8 avril 1546 ne parlait que des traditions apos-
toliques, les théologiens contemporains et les participants mêmes
du concile ne laissaient pas, en effet, d'avoir dans l'esprit une
idée moins précise et plus large. Ils pensaient aussi aux tradi-
tions ecclésiastiques. A Rome, on eût aimé que le concile affir-
mât tous les droits pontificaux, sans exception 32. La profession
de foi promulguée par Pie IV le 13 novembre 1564 mentionne
les « Apostolicas et ecclesiasticas traditiones reliquasque eiusdem
Ecclesiae observationes et constitutiones 33 » : elle montre que
Rome ne renonce pas facilement à son idée. Mais le concile en
est resté aux traditions apostoliques : quelle que fût la pensée
personnelle de tels ou tels de ses membres, on ne peut dire,
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