LA TRADITION ET LES TRADITIONS
comme le suggère J. B. Bakhuizen von den Brink (supra, n. 1)
que l'intention réelle du concile rejoignît ici celle du pape.
2º Écriture et traditions sont-elles, pour le concile, deux sources
indépendantes et complémentaires de la Révélation?
Le projet de décret soumis au concile le 22 mars 1546 compor-
tait l'énoncé suivant : «Perspiciensque hanc veritatem partim
contineri in libris scriptis, partim sine scripto traditionibus 34. »
L'expression partim... partim se trouvait déjà dans le discours
du cardinal del Monte du 12 février 35 et dans la déclaration
faite le 15 février par le cardinal Cervini, second légat 36. On eût
donc pu croire et craindre que le concile s'engageât dans
la voie de présenter traditions non écrites et Écritures comme
deux sources indépendantes et parallèles de la règle de vérité
qui est l'Évangile.
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Peut-être en suite de la protestation du général des servites
Angelo Agostino Bonucci 37, le texte final du décret ne reprit
pas le partim... partim et présenta l'Évangile promulgué par
Jésus-Christ et confié par lui aux apôtres, non plus comme
regula, mais comme fons de toute la vérité salutaire et de la
discipline des mœurs; il ne dit pas, de cet Évangile, qu'il est
contenu pour partie dans les Écritures, et pour partie dans les
traditions (apostoliques) orales, mais qu'il est contenu à la fois
dans les livres écrits et dans des traditions (apostoliques) trans-
mises de main en main.
La correction est notable: partim... partim a été remplacé
par la conjonction et. Au cours d'une recherche, la plus poussée
que nous connaissions, sur Écriture et tradition au concile de
Trente et dans la théologie post-tridentine, J. R. GEISELMANN
se demande ce que signifie ce « et ». Il répond : rien 38. Consta-
tant, parmi les docteurs catholiques, deux courants contraires,
l'un, peut-être le plus fort, en faveur de partim... partim, l'autre
en faveur de la suffisance de l'Écriture, et ne voyant pas de solu-
tion mûre, le concile, toujours soucieux de n'exprimer que ce sur
quoi les catholiques étaient d'accord, se contenta d'affirmer, en les
juxtaposant et sans rien préciser de leurs rapports, les deux formes
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