LA TRADITION ET LES TRADITIONS
professeur J. R. Geiselmann: Scriptura sola? (en allemand); Grego-
rianum, 40 (1959), p. 38-53, Sine scripto traditiones (en latin),
ibid., p. 624–635. Le P. Lennerz conteste :
1º Que l'intervention du général des Servites ait effectivement fait
passer le concile de la conception de deux sources (partim... partim) à la
conception de deux modes. Les témoignages contemporains ne connaissent
rien d'un tel changement. Au contraire, ils montrent que, tout en aban-
donnant le partim... partim au point de vue rédactionnel, c'est la posi-
tion partim... partim que le concile a voulu canoniser : la correspondance
des légats montre en effet que le concile a voulu définir, contre la Réforme,
l'existence de traditions apostoliques non écrites contenant, éventuelle-
ment, des vérités dogmatiques.
2º Que les théologiens posttridentins, Canisius et Bellarmin en parti-
culier, aient méconnu l'intention du concile en interprétant son texte
dans le sens de partim... partim et en admettant l'existence de points de
doctrine tenus par l'Église sur la base de la tradition orale, et non de
l'Écriture. Du reste, le concile lui-même a fait appel à la tradition orale
en des matières très certainement doctrinales. Des théologiens contem-
porains ont également compris les choses ainsi (on nomme Luigi Lippo-
mano, évêque de Vérone, et Clement Dolera, O. Min. Obs.).
Les remarques suivantes ne prétendent pas juger de la question histo-
rique; elles se situent au niveau des conclusions à retenir d'un point de vue
théologique.
1º L'idée d'une transmission purement orale, de bouche à oreille, de
vérités révélées qui ne seraient nullement écrites, est une chimère; ce qui
a été transmis par les apôtres doit l'avoir été dans quelque chose d'objectif
ou d'extérieur : soit des écrits, soit des rites ou des gestes de la vie chré-
tienne. Sans aucun doute, bien des réalités concrètes de la vie ecclésiale
et chrétienne, transmises comme telles et sans une formulation scriptu-
raire, impliquaient et impliquent encore des valeurs de doctrine. Dans
l'enquête que nous avons faite concernant les exemples de traditions
apostoliques non écrites, c'est surtout cela que nous avons rencontré.
2º Il existe une certaine tradition théologique, selon laquelle les vérités
nécessaires au salut sont toutes contenues, d'une manière ou d'une autre,
dans l'Écriture. La théologie posttridentine a presque entièrement perdu
de vue cette idée, intéressée qu'elle a été, moins par le contenu, le quod
des dogmes, que par l'aspect formel de vérité dogmatisée : par le quo, le
motif formel, la lumière ou l'autorité qui fait, de tel énoncé, un dogma
obligatoire. Le P. Lennerz ne parle pas, si nous ne faisons erreur,
de
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