CONCILE DE TRENTE ET THÉOLOGIE
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cette catégorie des vérités nécessaires au salut. Elle était pourtant très
active dans la pensée des Pères et des théologiens anciens (voir, parmi
les textes cités p. 142 s., ceux de S. Jean Chrysostome, S. Cyrille
d'Alexandrie, S. Anselme, S. Thomas d'Aquin (Quodl. VII, a. 14),
Occam, et celui que cite la R. T. A. M., 21 (1954), p. 130 s. Elle était
présente aux théologiens de l'époque du concile, comme on peut s'en
rendre compte, par exemple, chez Driedo (voir MURPHY, op. cit., p. 76,
89; 122-123, 130, 133 s.), chez Schatzgeyer (cf. p. 147), et même
encore chez S. Bellarmin p. 149). Voir aussi Calvin, infra, p. 221. Ce
point mériterait une monographie, dont nous ne sachons pas qu'elle
existe.
3º Il convient de se déprendre du problème trop étroit et quelque peu
polémique de Scriptura sola. Il est certain qu'aucun catholique ne peut
soutenir un principe de Scriptura sola. Les faits, d'ailleurs, ne le per-
mettent pas. Comme l'a bien noté D. DE VOOGHT (dans Istina, 1958,
p. 191 s.), il n'y a pour ainsi dire aucun point de doctrine chrétienne qui
se fonde sur la Bible seule : tous impliquent à la fois, et de façon indis-
cernable, se renvoyant l'une à l'autre dans un échange vivant, Ecriture et
tradition. En réalité, l'Église ne tient aucune vérité de l'Écriture seule,
et aucune de la seule tradition. Pour les dogmes mêmes dont il n'existe
pas d'attestation scripturaire formelle, comme l'Assomption corporelle de
la Mère de Dieu, le magistère affirme qu'ils ont rapport à l'Écriture.
Historiquement, c'est-à-dire dans l'intention consciente des Pères, le
remplacement de partim... partim par un simple et n'a pas eu de significa-
tion particulière. Comme l'a encore tout récemment montré le P. J. BEU-
MER, dans une étude très attentive (Katholisches und protestantisches
Schriftprinzip im Urteil des Trienter Konzils, dans Schol., 34 (1959),
p. 249-258), les Pères du concile n'ont pas eu dans l'esprit la question
qui nous intéresse; dans leur première comme dans leur seconde formu-
lation, ils ont seulement voulu s'opposer à ce que le principe scripturaire
protestant avait d'exclusif et de négatif, et affirmer l'existence de tradi-
tions apostoliques auxquelles les fidèles doivent un respect absolu. Théo-
logiquement, nous avons, nous, à prendre le texte du concile de Trente
tel qu'il est. Le fait qu'on y ait supprimé l'expression partim, partim a
tout de même un sens au regard de l'effort que nous avons à faire pour
mieux concevoir les rapports entre Ecriture et tradition. Pourquoi pas
un sens prophétique, dépassant ce que les Pères eux-mêmes ont pu avoir
dans l'esprit? La pleine historicité humaine des conciles n'empêche pas la
réalisation des intentions d'un gouvernement transcendant : elle en est
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