CONCILE DE TRENTE ET THÉOLOGIE
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pourrait traduire sa position ainsi : les traditions sont garanties
par la Tradition, dont le Saint-Esprit est le principe. On ne peut
opposer le temps de l'Église et le temps des prophètes et des
apôtres, on ne peut même pas les dissocier, car le principe qui
opère dans l'un et dans l'autre est le même : le Saint-Esprit. Le
concile de Trente ne s'exprime pas ainsi, en termes de durée et
d'histoire : tout comme le moyen âge, il parlerait plutôt en
termes d'«< autorité », et se demanderait : « Qui a l'autorité pre-
mière, l'Écriture ou l'Église? » Et il répondrait : « Ni l'une ni
l'autre, mais les deux semblablement et conjointement »; il y a,
en somme, une même autorité sous deux formes: celle des
apôtres et celle du Saint-Esprit, auctor de l'une et de l'autre.
Toute la théologie médiévale unissait Église et Saint-Esprit
comme corps et âme; elle voyait l'article du Saint-Esprit et
l'article de l'Église, dans le symbole, comme un seul et même
article signifiant : « Credo in Spiritum Sanctum unientem et
sanctificantem (..., mais aussi : gubernantem, illuminantem,
inspirantem) Ecclesiam. » Le radicalisme des mises en question
protestantes choquait, chez les théologiens fidèles à l'ancienne
Église, le sentiment que le Saint-Esprit n'a cessé de diriger
l'Église dans les déterminations de sa vie historique. John
Fisher développe cette théologie en 1526 dans son Assertionis
Lutheranae Confutatio 43. Le concile de Sens de 1528 l'invoque,
et de même Sadolet, vers 1536 44. Ceux qui, en Allemagne
même, s'opposent au lutheranisme, fondent sur elle leur réfuta-
tion : ainsi le dominicain Jean Mensing 45, le franciscain Conrad
Schatzgeyer 46, Cochleus 47, Gropper sous le nom de Jean Eck 48.
A Louvain, Jean Driedo, qui publiait en 1533 un traité De
Ecclesiasticis Scripturis et Dogmatibus, réaffirmait l'infériorité
réciproque de l'Écriture et de l'Église, sur la base des opérations
complémentaires du même Saint-Esprit, qui a inspiré les Écri-
tures et qui en suscite l'intelligence dans l'Église, en sorte que
l'Église est liée aux Écritures, mais le fidèle, pour les bien
entendre, est lié à l'Église 49: position classique en théologie
catholique 50. Au concile de Trente, l'évêque de Belcastro et
l'évêque de Motula. qui, du reste, recopiait un texte du fran-
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