LA TRADITION ET LES TRADITIONS
ciscain Alphonse de Castro (Adversus omnes haereticos, 1534),
lequel intervint lui-même dans la IVe session du concile, étendent
la << révélation >> et l'autorité qui s'y rattache, à tout ce que l'Église
catholique reçoit de façon unanime 51.
Le concile de Trente lui-même s'est limité, dans le texte du
décret, à appliquer l'assistance du Saint-Esprit à la conservation
et à l'autorité des traditions apostoliques. C'est ainsi, nous
l'avons vu (supra, n. 31), qu'il justifiait le pari pietatis affectu.
En conclusion de la congrégation du 18 février (jour où mourait
Luther), le cardinal Cervini résumait les choses ainsi : Il y a
trois principia de notre foi : la Révélation de Dieu dans l'Ancien
Testament; la Révélation de Jésus-Christ, en partie écrite, en
partie inscrite dans le cœurs (= les traditions); le Saint-Esprit
envoyé pour guider les hommes dans la vérité son action
s'applique aussi bien à ce qui est écrit qu'à ce qui est déposé
dans les cœurs 52. Il existe, disait encore le P. Lejay, un magis-
tère privé du Saint-Esprit : c'est l'onction intérieure qui permet
de comprendre les choses spirituelles. Il existe un magistère
extérieur du Saint-Esprit, proprement ecclésial: c'est lui qui
reconnaît les livres saints comme Écriture divine et qui, par les
traditions des apôtres, les définitions des conciles et l'enseigne-
ment concordant des docteurs, livre le vrai sens des Écritures 53
Le concile de Trente lui-même fait souvent mention de cette
conscience qu'il avait d'être enseigné et dirigé par l'Esprit
Saint 54. Tout concile légitime est in Spiritu Sancto congregata.
Toute proclamation dogmatique se fait sous le bénéfice de
l'assistance du Saint-Esprit qui habite, dirige, garde et enseigne
l'Église 55.
On peut récuser cette théologie, du moins faut-il d'abord la
comprendre, car c'est d'elle que se réclame le concile, c'est par
elle que la position catholique a cohérence et force. Cette théolo-
gie est liée à toute une conception de l'Église, qui est celle des
Pères, de la théologie médiévale et qu'on peut appeler sacramen-
telle ou mystérique. Mais les réformateurs l'ont méconnue et
n'ont guère dépassé une notion individualiste et associationniste
de l'Église, que l'affirmation d'actes transcendants de Dieu ou
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