CONCILE DE TRENTE ET THÉOLOGIE
d'événements de grâce, ne suffit pas à assainir. Pour la théologie
traditionnelle, l'Église est, en un sens réel, le Corps du Christ,
avec lequel l'Esprit du Christ est uni d'un lien, non certes
substantiel, comme s'il s'agissait d'une incarnation, mais d'al-
liance. La Parole de Dieu, mais aussi les sacrements du Christ
et l'Esprit du Christ construisent sans cesse cette Église, selon
le type que le Verbe incarné lui a donné. Il n'y a pas de rupture
entre le moment apostolique et le moment historique de cette
Église; il n'y a pas une extériorité du temps apostolique ou des
textes apostoliques, évidemment normatifs, par rapport à l'en-
semble de la vie de l'Église. C'est pourquoi, toujours, les déter-
minations décisives du magistère ont été vues dans la suite de la
Parole du Christ et des apôtres, et comme dans la même cou-
lée 56. C'est pourquoi aussi toujours le sentiment unanime de
l'Église universelle - représentée, concentrée, personnalisée
dans les conciles - a toujours passé pour la marque assurée du
Saint-Esprit et l'expression normative de la foi.
Si fondée et assurée fût-elle, cette théologie posait tout de
même des questions. Les réformateurs ne pouvaient l'admettre
qu'en la conditionnant de façon, non seulement décisive, mais
exclusive, par la référence à la Parole de Dieu écrite. Calvin
écrivait, en 1536 :
Ce qu'ils infèrent finalement que l'Église ne peut errer ès choses qui
sont nécessaires à salut, nous n'y contredirons point. Mais nous sommes
fort répugnants au sens de ces paroles. Nous estimons qu'elle ne peut
faillir d'autant que, se démettant de toute sa sapience, elle souffre d'être
enseignée du Saint-Esprit par la Parole de Dieu. Eux au contraire
tendent à cette fin: que puisque l'Église est gouvernée par l'Esprit de
Dieu, elle peut sûrement marcher sans la parole; et que, quelque chose
qu'elle fasse, elle ne peut penser ni dire sinon vérité 57.
Le Saint-Esprit, âme de l'Église? Calvin ne le conçoit tel
qu'actualisant la Parole dite une fois; ne pourrait-on même dire
que cette âme est plutôt « la doctrine de Notre Seigneur Jésus 58 »?
On doit reconnaître que la façon, excessivement large et impré-
cise, dont le moyen âge parlait d'« inspiration » du Saint-Esprit
221
