LA TRADITION ET LES TRADITIONS
le signe
- ou comme le révélateur, au sens photographique du
mot du fait qu'une doctrine avait toujours été tenue et, à
ce titre, s'avérant remonter aux origines, appartenait à la Regula
fidei, à cette règle qu'est le dépôt de la foi. Telle est la position
de S. Irénée, telle est encore celle de S. Vincent de Lérins ³.
C'est dans cette ligne que, pendant dix siècles, papes, évêques,
conciles, canonistes et théologiens n'ont cessé d'affirmer que le
rôle des personnes hiérarchiques est de garder et d'appliquer les
règles reçues et transmises : le dépôt de la foi, les dogmes et les
canons des conciles, la tradition reçue des Pères. On trouvera,
sur ce sujet, un florilège de témoignages en fin du présent cha-
pitre (Excursus C).
On peut d'ailleurs noter que si la foi de l'Église romaine s'est
toujours proposée comme un modèle pour toute la Communion
catholique, le Siège apostolique de Rome n'a guère exercé, avant
l'époque moderne, le magistère actif de définitions dogmatiques
et de formulation constante de la doctrine catholique, qu'il
exerce depuis le pontificat de Grégoire XVI et surtout depuis
celui de Pie IX. Il agissait plutôt, dans l'antiquité chrétienne,
comme instance judiciaire suprême dans une Église dont des
assemblées d'évêques formulaient habituellement les règles de
vie; puis, au moyen âge, comme modérateur et juge souverain
de la chrétienté, sans cesse en collaboration ou en conflit avec
les princes. Sans compter, aux XIII, XIVe et XVe siècles, le rôle
fort important des universités, en premier lieu de celle de
Paris. Les querelles doctrinales étaient d'abord menées et
mûries, puis dirimées, par une référence immédiate à l'Écriture
et à des séries de textes patristiques, conciliaires ou cano-
niques bref, par une sorte de magistère de la tradition elle-
même.
A cela s'ajoutait, au moyen âge, l'idée, dont nous avons vu
l'ambiguïté et le danger, que Dieu ne cessait, d'une façon actuelle
et en quelque sorte verticale, d'« inspirer », « suggérer » ou
« révéler » aux Pères, aux conciles, soit le sens doctrinal de la
Révélation, soit même certaines déterminations de la vie sacra-
mentelle ou institutionnelle de l'Église. Cette idée menaçait
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