TRADITION ET MAGISTÈRE
monde moderne affirme ses traits et grandit, l'Église s'est trouvée en
présence d'un univers « laïc », non catholique (Réforme), non croyant,
intellectuellement et spirituellement actif. Newman expliquait l'accrois-
sement des interventions de l'autorité doctrinale de l'Église, pratiquement
ramenées à celle du pape, par la nécessité de faire pièce au mal, devenu
si étendu et si violent, du rationalisme 8. L'idée est, croyons-nous, valable.
Dès qu'on posait des questions précises de droit en matière
de critériologie théologique, on devait arriver à identifier tra-
dition et magistère. L'antiquité et le haut moyen âge avaient
évité de s'exprimer ainsi parce qu'ils s'intéressaient à l'actualité
de l'action de Dieu « inspirant » Pères, conciles, etc. Mais si l'on
envisageait les « lieux théologiques »>, en eux-mêmes, on était
amené à mettre l'accent sur l'autorité d'Église comme leur
conférant valeur de norme. Ce processus est très clair, par
exemple, dans le cas de la coutume, dont l'analogie avec celui
des traditions n'échappe à personne. Effectivement, les Pères
rattachaient la légitimité de la coutume au fait d'être aposto-
lique ou très ancienne. Mais à partir du xvIe siècle, canonistes
et théologiens (surtout à la suite de Suarez) tiennent la thèse,
homologuée par le Codex de 1917 (can. 25), selon laquelle la
coutume n'obtient force de loi que de l'approbation du supé-
rieur compétent 9. Bref, la considération s'est déplacée du
contenu vers le titre juridique d'autorité, du quod vers le quo,
dirait-on en termes scolastiques 10
C'est ainsi qu'on s'est acheminé à la position caractéristique
de l'époque moderne dans la question du rapport entre les
déterminations normatives portées à un moment donné, et la
tradition, c'est-à-dire ce qu'on avait hérité du passé. Cette
position peut être formulée ainsi ces déterminations ont la
valeur absolue de vérités qu'il faut croire pour être sauvé,
parce que l'Église (= le magistère), qui les définit ainsi, est
assistée et infaillible.
La réduction de la tradition au magistère n'a pas été faite par
le concile de Trente lui-même, qui ne prononce même pas le
mot magisterium: au surplus a-t-il voulu se limiter à l'affirma-
tion des traditions apostoliques. Pour le concile, les traditions
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