LA TRADITION ET LES TRADITIONS
sont un donné normatif pour le magistère lui-même, de même
que le sensus Ecclesiae, auquel le concile renvoie souvent et qui
représente ce que l'Église a toujours tenu et enseigné. Cepen-
dant, l'interprète de Pacheco, cardinal évêque de Jaën, propo-
sait, lors de la congrégation générale du 18 février, de lier la
considération de l'autorité de l'Église à celle des traditions 11.
On voit aussi par d'autres épisodes que, pour le concile, ce que
l'Église tenait unanimement ne pouvait pas ne pas être de Dieu 12.
Le concile avait défini l'existence de traditions et l'obligation
de les respecter, mais il n'avait guère précisé la nature de la
tradition. Si l'effort des docteurs catholiques porta d'abord sur
la défense des traditions, celui des théologiens post-tridentins
peut être caractérisé par un passage d'une conception de la tra-
dition comme contenu et comme dépôt reçu des apôtres, à
celle de la tradition considérée du point de vue de l'organe
transmetteur, vu comme résidant surtout dans la magistère de
l'Église 13. Les Pères et les anciens canons sont considérés moins
comme étant eux-mêmes les organes inspirés de la tradition, que
comme les témoins d'une tradition qui consiste dans l'enseigne-
ment actuel du magistère. On voit cette théologie se dessiner
chez Stapleton 14. On la trouve tout à fait explicite dans les
traités du XVIIIe siècle, dont dérivent souvent les manuels
modernes de théologie ou d'apologétique : Antoine Mayr, S. J.,
cardinal Gotti, O. P., Billuart, O. P. 15. La théologie développait
ainsi, de façon privilégiée, un aspect que les siècles anciens
n'ignoraient pas mais qu'ils situaient autrement.
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Ainsi, parti d'une même notion de la tradition que l'Orient,
l'Occident catholique en développait maintenant une idée, et
surtout un usage, assez différents de ceux de l'Orient orthodoxe.
F. Kattenbusch suggère, à ce sujet, une intéressante remarque
L'Église orientale, dit-il, s'est arrêtée et fixée, elle s'appelle elle-
même l'Église des Sept conciles œcuméniques. Elle a gardé le
visage du temps des Pères, le visage de son enfance. Pourtant,
elle a vieilli. L'Église romaine, à laquelle les nations barbares,
accueillies par elle, ont apporté un sang frais, n'a cessé de
croître et d'avancer. Mais tandis que l'Orient retrouve tout de
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