TRADITION ET MAGISTÈRE
suite son passé et invoque sa tradition naïvement, en Occident,
on demande à la tradition ancienne de justifier l'enseignement
présent d'un magistère toujours actif : la preuve par la tradition
est difficile et compliquée, subtile et surchargée. De fait, qui-
conque a tenté de l'établir pour les définitions dogmatiques les
plus récentes du magistère catholique, sait ce que la remarque
de Kattenbusch représente de vérité. Même compte tenu de la
facilité que représente aujourd'hui -non au plan d'une habi-
leté tactique ou d'un alibi apologétique, mais à celui de la vérité
- une bonne théorie du développement dogmatique, dont on a
manqué jusqu'au début, et même au milieu, du XIXe siècle.
Opposition à cette théologie au nom d'une notion objective
ou documentaire de la tradition.
Au moyen âge déjà, on rencontre une résistance, sans toutefois
que la question soit envisagée dans toute son ampleur. D'une
part, une sorte de positivisme ou de fidéisme ecclésiologique
s'affirmait de deux côtés à la fois, au tournant du XIIIe et du
XIVe siècle : chez les théologiens et chez les canonistes. Les
premiers récupéraient ainsi ce que leur critique de la connais-
sance religieuse avait démoli de certitudes. Le nominalisme et
la critique scotiste aboutissaient semblablement à la conclusion
que tous les articles de foi ont leur appui dans ce premier :
« Credo Ecclesiam regi a Spiritu Sancto. » Contre quoi réagis-
saient les esprits formés à l'école de S. Thomas 17. Les cano-
nistes, eux, rencontraient l'opposition et la critique de Dante,
qui les accusait de vouloir imposer une nouvelle autorité, un
nouveau style de réglementation normative, à l'encontre de l'an-
cienne manière, celle de la saine théologie, qui fondait ses
affirmations objectivement, par la voie d'une considération
contemplative de la vérité 18.
Qu'on se rappelle surtout le biblisme des Vaudois, de Wyclif
et de Jean Huss. Celui des réformateurs protestants est une
réaction, d'un radicalisme, hélas! révolutionnaire, en faveur des
affirmations apostoliques, d'un canon apostolique de religion, dont
239
