TRADITION ET MAGISTÈRE
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Jean Launoy reproche à Bellarmin d'avoir changé l'ancienne
définition de l'Église, « Societas (Congregatio) fidelium », et d'y
avoir introduit la mention du pape 31, il ne tient pas compte du
fait qu'une précision du côté de la visibilité de l'Église et de sa
structure hiérarchique était devenue nécessaire à la suite des
erreurs ecclésiologiques du moyen âge et de la Réforme.
2º Au point de vue ecclésiologique, on dissocie deux choses et
on méconnaît plus ou moins gravement l'une d'elles. On dissocie
Écriture et Église, Révélation et peuple de Dieu, alors que l'Écri-
ture est portée par l'Église, reconnue par elle, comprise et pro-
posée par elle. Dans l'Église, on méconnaît les protestants,
totalement et par principe dogmatique, les vieux-catholiques,
plutôt pratiquement et jusqu'à un certain point le rôle d'un
magistère qui ajoute à sa fonction de « ministre de l'Objet »
(Cajetan) — fonction, d'ailleurs, déjà charismatique
autorité juridique propre, en vertu de laquelle il a mission,
compétence et grâce pour imposer aux fidèles, avec force d'obli-
gation, ses propres déterminations 32.
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Mais, au moment où l'on dit cela, il faut noter que ce magis-
tère n'est pas, ne peut pas être, une grandeur autonome par
rapport à la Révélation: il n'a mission et grâce que pour pro-
poser et, éventuellement, définir avec force de loi, le Révélé.
D'où la rigoureuse obligation où il est de s'en enquérir et de s'y
référer. Il n'est norma normans que comme objective normata.
Le modernisme s'est présenté, tantôt comme professant un
évolutionnisme inacceptable des formules dogmatiques et des
institutions, tantôt comme réclamant une preuve documentaire
explicite, non pas même de l'homogénéité des développements,
que réclame l'Église catholique, mais de l'identité matérielle des
doctrines ou des institutions. C'est parce qu'ils étaient déçus
de ce côté, et dans une intention apologétique, que beaucoup
attribuaient un relativisme trop radical aux formes extérieures
(formules, rites, etc.). Nous n'avons pas à considérer ici la philo-
sophie religieuse des modernistes, qui était à la fois vitaliste et
symboliste 33. Ce qui, du côté moderniste, a provoqué la théolo-
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