LA TRADITION ET LES TRADITIONS
gie catholique à mieux comprendre et à mieux expliquer sa
propre notion de la tradition, fut ce qu'on peut appeler son his-
toricisme.
Avec ou sans la philosophie religieuse propre à l'époque moder-
niste, il s'agissait toujours de la vieille exigence des historiens,
celle de Döllinger par exemple, réclamant une preuve par les
textes de l'identité de la croyance: in eodem dogmate. Le pro-
blème posé était celui du rapport à mettre entre la documenta-
tion historique et la tradition telle que la vit l'Église, telle que
peut et doit la concevoir la théologie, science de la foi. C'était le
problème histoire et tradition 34. Celle-ci était-elle réductible
aux exigences et aux limites de celle-là, ou bien les dépassait-
elle, comment et dans quelles conditions?
La réponse de la théologie catholique, esquissée déjà avant la
crise moderniste, laborieusement formulée pendant celle-ci, ne
s'est pleinement dégagée que tout récemment, à l'occasion des
préparations et de la proclamation du dogme de l'assomption
corporelle de la Mère de Dieu. Cette réponse comporte deux
grandes composantes, assez étroitement liées l'une à l'autre :
1º une théologie du « magistère vivant »; 2º la distinction entre
<«< tradition historique » et «< tradition dogmatique », visant à
situer celle-ci dans son ordre propre, humano-divin, « surna-
turel ». Reprenant l'ordre historique à partir du début du
XIXe siècle, et même du milieu du XVIIIe, nous allons donc
exposer successivement le développement de ces deux cha-
pitres qui, de façon décisive, ont approfondi les traits de la
notion catholique moderne de tradition.
L'idée de « tradition vivante ». L'École catholique de
Tubingue.
L'expression « tradition vivante » n'a pas été créée par l'école
catholique de Tubingue. Pourtant, on ne la trouve guère chez
les Pères, ni dans les textes conciliaires ou pontificaux anciens 35.
Les auteurs du moyen âge parlent souvent des princes comme
lex animata : non en ce sens que le prince pourrait faire tout ce
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