TRADITION ET MAGISTÈRE
qu'il veut,
«
-dans l'idée du moyen âge il deviendrait alors un
<< tyran »>, ou que sa volonté aurait force de loi par elle-même
et en tant que telle, mais en ce sens qu'il est tout habité et mû
par la loi, qui vit en lui. Il n'est même prince qu'à cette condi-
tion 3. L'idée du prince solutus legibus est contredite et rejetée
par tout le moyen âge chrétien : elle ne s'est acclimatée, sous
l'influence d'une résurrection du droit romain, avec sa maxime
« Quod placuit principi habet legis vigorem », que dans l'idéolo-
gie absolutiste moderne 37: même si elle commence chronolo-
giquement au moyen âge (Frédéric II), celle-ci échappe à son
esprit.
Les termes << tradition vivante », « évangile vivant » appa-
raissent chez les adversaires catholiques de la Réforme, qui font
aussi un très abondant usage du thème de l'Évangile écrit, non
avec de l'encre, mais dans les cœurs, pour désigner une norme
de croyance, par opposition au verbum scriptum auquel les pro-
testants voulaient qu'on se référât exclusivement 8. Déjà Tho-
mas Netter avait parlé de la foi animée ou vivante de l'Église ".
C'est dans un sens analogue, avec une insistance plus marquée
sur le magistère, que les théologiens systématiques des xvire et
XVIIIe siècles parlent de Regula animata par opposition à une
Regula inanimis 40. Mais l'expression « tradition vivante » doit
son origine à la discussion concernant les « faits dogmatiques »>,
soulevée par la condamnation des cinq propositions jansénistes.
Le problème était celui de l'adhésion à donner à cette condam-
nation, en tant qu'elle portait sur la question de fait 41. Contre
Arnauld, qui tenait l'idée historico-documentaire de la tradi-
tion et celle d'une théologie entièrement réglée par le contenu
exprès de ses sources, certains arguaient de la «< tradition vivante >>
ou de « l'enseignement commun et présent » de l'Église, en ce
sens que le magistère, justifié et garanti une fois pour toutes par
l'institution et les promesses de Jésus-Chris, est la règle de la
croyance. Il peut, non seulement interpréter l'Écriture et les
témoins de la tradition, qu'il faut lire «< avec les yeux de l'Église 42
mais prononcer la vérité doctrinale et condamner des erreurs
concrètes tout au long de l'histoire, dans la trame de l'histoire
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