TRADITION ET MAGISTÈRE
dès lors d'une théologie romaine de l'Église, à un degré moindre
d'une théologie romaine de la tradition. Pour ce dernier cha-
pitre, le grand nom est celui de J. B. Franzelin, professeur à
Rome depuis 1851 († 1886), dont le De divina Traditione et
Scriptura (1870) atteint presque à la valeur d'une œuvre clas-
sique, et a largement déterminé la théologie moderne.
Möhler avait bien distingué, dans la tradition, un aspect
objectif et un aspect subjectif, mais il avait vu celui-ci plutôt
comme réception ou participation, par la vie dans la communion
de l'Ecclesia. Franzelin, lui, distingue la tradition au sens objectif
et la tradition au sens actif. Au sens objectif, la tradition consiste
dans un dépôt de doctrines ou d'institutions transmis par les
Anciens et dont il existe des témoignages : les monuments de la
tradition. Elle peut être, selon son origine, divine, apostolique
ou ecclésiastique. Au sens actif, la tradition consiste dans les
actes de transmission. En son sens plénier ou cumulatif, qui
englobe les deux aspects, la tradition est « doctrina fidei universa,
quatenus sub assistentia Spiritus Sancti, in consensu custodum
depositi et doctorum divinitus institutorum continua successione
conservatur, atque in professione et vita totius Ecclesiae sese
exserit 66. »
Cette définition indique déjà que le sujet ou l'organe de la
tradition comprise en son sens plénier n'est pas le seul magistère
hiérarchique. Tout le corps des fidèles garde le dépôt avec les
évêques, encore que les fidèles, qu'ils soient pris individuelle-
ment ou comme communauté, n'aient ni la charge ni le charisme
d'enseigner : autre est la fonction de garder, autre celle d'ensei-
gner avec autorité 67. Cette doctrine a été également soulignée
par Perrone, au moins après son contact avec Newman 68. Elle
l'a été davantage encore par Scheeben, élève de Franzelin et qui,
comme lui, distingue la conservation ou la propagation de la
tradition, qui est le fait de tout le corps, et sa promulgation
sous forme d'un jugement ayant force de loi, qui est le privilège
de la hiérarchie. Dans l'ordre de la finalité, la vie de la foi est
première, le charisme hiérarchique lui est ordonné comme un
ministère. Dans l'ordre des actes par lesquels l'infaillibilité est
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