TRADITION ET MAGISTÈRE
est le cas, entre autres, de Fr. Hettinger 74, J. V. De Groot,
O. P. 75, A. Tanquerey, P. S. S. 76, J. Pohle, S. J. ", B. Bart-
mann 78, J. Muncunill 79. Chez plusieurs de ces théologiens 80,
chez d'autres encore 81, tout comme chez les théologiens romains
du XIXe siècle, Perrone et Franzelin 82, la tradition (objective)
et l'Écriture sainte étaient présentées comme constituant la règle
éloignée de la foi, tandis que l'Église, ou plus précisément le
magistère de ses pasteurs, en était la règle prochaine. Cette
distinction entre règle éloignée et règle prochaine pourrait sans
doute se réclamer de Suarez, mais celui-ci nous paraît ici demeu-
rer plus proche des grands Scolastiques du XIIIe siècle que des
théologiens modernes 8. Le mot « règle » est d'acception assez
large: il peut s'appliquer (au sens figuré) à « tout ce qui sert à
diriger, à conduire, à régir » (Littré); mais il est clair que l'ac-
ception ancienne, où Regula fidei signifiait le contenu objectif
et normatif de la foi, et l'acception plus récente de critère, ne
peuvent être mises exactement sur le même plan. La première
règle est entièrement et souverainement régulatrice interne de
toute vie de l'Église dans la foi, la seconde n'est règle qu'en un
sens dérivé. Elle n'est pas règle interne de la foi comme vertu
théologale, mais règle de sa profession ecclésiale, en tant que
les objets que croit la foi sont précisés en dogmata, en règles
canoniques de la croyance ecclésiale 84. On pourrait donc discu-
ter cette distinction, ou du moins ce vocabulaire, au nom d'une
théologie de la foi divine.
Mais d'autres l'ont mise en question par l'autre côté, et au
bénéfice d'une plus grande dépendance de la tradition par rap-
port au magistère. Déjà Billuart († 1757) avait noté que «< tradi-
tion » ne dit, de soi, que doctrine communiquée de vive voix;
pour qu'elle ait la qualité de règle de foi, il faut qu'elle soit
communiquée par un magistère 85. Ainsi la tradition active que
fait « l'Église », la Praedicatio ecclesiastica, ou plus exactement la
proposition sélective par un magistère ayant autorité, a un rôle
formel par rapport à la tradition objective ou au dépôt : elle la
constitue en sa qualité normative. C'est pourquoi nombre de
théologiens contemporains, 1º identifient « Église »>, c'est-à-dire
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