LA TRADITION ET LES TRADITIONS
le sujet de la Praedicatio ecclesiastica ou de la tradition active,
avec le magistère hiérarchique 86: ce que ne faisaient ni Franze-
lin, ni Scheeben, ni même Perrone. Rien de plus significatif
d'une évolution qu'on peut situer entre 1910 et 1920, que cer-
tains menus changements introduits dans des textes, d'une édi-
tion à l'autre du même ouvrage 87. On peut dire que la théolo-
gie moderne a introduit le magistère dans la définition de la
tradition, un peu comme Bellarmin avait introduit le pape dans
celle de l'Église (cf. par ex. infra, n. 93, 95). 2º Ces théologiens
critiquent la catégorie de « règle éloignée » de la foi et finissent
par attribuer au seul magistère actuel (« vivant ») la qualité de
règle de la foi. On peut se demander si, dans ces conditions, le
magistère ne devient pas l'unique lieu théologique, l'unique
source de connaissance de la vérité révélée? Le P. Bainvel ne
met, entre cette conséquence et sa position, que l'épaisseur d'un
fragile << pour ainsi dire ». Les théologiens qui vont jusque-là
emploient cependant encore, pour les monuments de la tradition
et pour l'Écriture, l'expression de « règle éloignée 89 ». Écriture
et tradition ne sont pas inutiles 90 mais leur rôle consistera plutôt
à rendre témoignage au magistère vivant de l'Église et à le justi-
fier 91. La source, c'est le magistère : Écriture et tradition au
sens objectif du mot sont les références par lesquelles les théolo-
giens justifient le magistère.
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Le P. L. Billot a dressé vigoureusement le front de cette
théologie à l'époque du modernisme 92. Billot montre, dans l'Écri-
ture et la tradition orale, deux formes de transmission du
contenu de la Révélation. Mais si déjà l'Écriture a besoin d'une
interprétation, comme on le reconnaît depuis toujours, à combien
plus forte raison la tradition, réalité beaucoup moins fixe, moins
définie, qu'il faut chercher dans un grand nombre de documents
de valeur inégale et de sens parfois contestable. Ainsi ne peut-
elle être une règle de foi, véhiculant une vérité révélée, que pro-
posée authentiquement par le magistère assisté. En sorte que,
si on la considère à une époque déterminée, la tradition se
confond avec le magistère authentique, règle prochaine et immé-
diate de notre foi.
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