LA TRADITION ET LES TRADITIONS
qui justifie ou fonde la doctrine-travailler, tantôt dans la
ligne d'une « positive des sources »>, tantôt dans celle d'une
«< << positive du magistère 101 ». La valeur de celle-ci est une fois
pour toutes et globalement justifiée, aux yeux du croyant, par
l'assistance divine assurée au magistère dans le domaine de la
foi et des mœurs; elle l'est, apologétiquement, par la démarche
de la Démonstration catholique qui aboutit, précisément, à
établir l'institution et la garantie divines du magistère catho-
lique. Ainsi est-on exonéré de l'obligation, impossible à tenir si
l'on veut être loyal aux exigences d'une méthode historique et
critique, de justifier chaque point de la doctrine actuelle par les
monuments anciens de la tradition.
D'autres théologiens ont développé une doctrine du sensus
fidei, c'est-à-dire de la capacité qu'a la foi vivante, chez les fidèles
et les pasteurs de pénétrer le contenu de son objet et d'en
déployer la connaissance 102. Le fondement et la garantie de
l'homogénéité sont toujours les mêmes : l'action de Dieu et,
par appropriation, du Saint-Esprit. Mais cette action est vue,
dans la théologie du sensus fidei, moins sous son aspect de cha-
risme hiérarchique, et davantage sous celui de la vie mystique
des âmes fidèles, pasteurs compris. La fides qua creditur est une
puissance de pénétration de la fides quae creditur.
Des difficultés existent, il ne faut pas le cacher. On arrive par-
fois à présenter le sensus fidei comme une valeur autonome,
presque comme se donnant son objet, alors qu'il n'existe de
grâce et de sens intime de la foi que relatifs au révélé 103. Dans
la Révélation elle-même, on ne valorise pas assez le moment
strictement objectif : on verrait davantage une prise de conscience
par l'Église des dons que Dieu lui a faits. Il faudrait mieux équi-
librer ces deux aspects. Tout n'est pas au-dessus de la critique
non plus dans les nouveaux développements donnés dans cette
théologie au magistère en accentuant à ce point l'activité de
définition, qui devient une sorte d'idéal ou de valeur en soi,
on risque d'oublier la primauté de la garde du dépôt et du témoi-
gnage apostolique. En parlant du magistère comme fons fidei 104,
on pourrait risquer d'oublier que ce magistère suppose lui-même
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