TRADITION ET MAGISTÈRE
une source où il puise et en l'absence de laquelle il ne serait
rigoureusement RIEN. Le magistère est bien un canal par lequel
la Révélation est proposée aux fidèles avec la valeur d'une règle
de foi; il n'est pas lui-même source, sauf chez les apôtres et en
vertu d'un charisme qui n'a pas été transmis aux héritiers de
leur ministère. L'assistance assurée à l'Église n'est pas l'inspira-
tion donnée à ses fondements apostoliques. On ne peut, avec les
PP. Dieckmann et Deneffe, dire que le magistère est à lui-même
sa propre source 105, sinon dans un sens particulier et précis :
à savoir en ceci que la tradition objective n'est donnée comme
règle ecclésiale, en forme et en valeur de règle juridique et
sociale, que dans la proposition qu'en fait le magistère assisté.
Le magistère, en effet, n'est pas uniquement le responsable prin-
cipal, mais non unique, de la transmission active du dépôt : il est,
dans l'Église, par institution divine et dans la suite des apôtres,
une autorité qui intime aux fidèles le canon de la foi, la croyance
sous forme de règle socialement obligatoire, affectée de sanc-
tions ecclésiastiques. En cela, d'ailleurs, il est une regula regulans
et regulata, tandis que la tradition objective est seule pure regula
regulans (fidem Ecclesiae). Pour revenir à l'image de la source,
le magistère doit être affirmé second et dépendant par rapport
aux Revelationis fontes que sont l'Écriture et la tradition. Il est
aussi indispensable d'affirmer l'antériorité et la primauté de la
tradition objective par rapport aux organes de la tradition
active, qu'il est nécessaire d'affirmer l'antériorité et la primauté
de la source par rapport à celui qui y puise 106.
Aussi bien telle est la doctrine du magistère lui-même :
Le concile de Trente parle de la tradition au sens objectif et il y voit
une source, une norme, pour le magistère. Cf. J. SALAVERRI, art. cité
supra, p. 224, n. 1; p. 52-61.
D'après le concile du Vatican, le magistère expose, explique l'Écriture
et la tradition, il ne s'identifie pas avec celle-ci 107, La Parole divine
écrite ou transmise oralement sont, pour lui, des sources sur lesquelles
il fonde son jugement 108. L'Église est custos et magistra revelati (D1793)
le révélé est un fidei depositum qui lui est confié pour être gardé (D 1800,
1836), elle ne peut « définir » que ce qui est contenu dans ce dépôt des
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