LA TRADITION ET LES TRADITIONS
livres écrits et des traditions non écrites (D 1787, 1792). - Pie IX
voit de même l'Écriture et la tradition comme fontes divinae revelationis,
l'Église ou le magistère comme investis de la fonction de garder et de
déclarer les dogmes contenus dans ces sources 109. Il est vrai qu'on
attribue à Pie IX la déclaration fameuse : « La tradizione son'io!»>
Scheeben nie l'authenticité du mot au nom de ce principe: cela ne peut
avoir été dit, puisque ce n'est pas juste 110... Hélas! on peut discuter sur
la forme exacte de la déclaration faite par le pape au cardinal Guidi,
on ne peut, historiquement, douter qu'elle ait réellement été faite, en ces
termes ou en d'autres équivalents 111. On ne peut la traiter que comme
une repartie faite dans le feu de l'émotion ou de la discussion, assez
révélatrice, d'ailleurs, de la pensée de Pie IX, mais n'ayant nullement
la valeur d'une proposition théologique.
Léon XIII se réfère au concile du Vatican (D 1787) quand il écrit,
dans Providentissimus : « Cette révélation surnaturelle est, selon la foi
de l'Église universelle, contenue à la fois dans des traditions non écrites
et dans des livres écrits 112... » C'est le fidei depositum dont il parle
aussi dans l'encyclique Satis cognitum (29 juin 1896) et dans la
lettre Testem benevolentiae (22 janv. 1899).
Le chapitre de la tradition est un de ceux sur lesquels Pie X a dû
condamner solennellement les erreurs du modernisme. Le pape entend
cette tradition au sens objectif d'un dépôt ou d'un héritage doctrinal,
dans lequel les saints Pères occupent une place de choix 113; le magistère
n'est pas la tradition, mais il l'interprète 114.
Dans l'encyclique Mortalium animos du 6 janv. 1928, Pie XI parle
de « la sacrée tradition, considérée comme source authentique de la divine
révélation », puis du « magistère de l'Église institué sur terre par une
disposition divine pour conserver intactes et faire parvenir à la connais-
sance des hommes, les doctrines révélées
115
>>.
Dans deux documents solennels de 1950, Pie XII a multiplié les
expressions de la même doctrine en parlant du dépôt de la foi - à
savoir les saintes Lettres et la divine tradition et du magistère comme
ne faisant que le garder et l'expliquer
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—
Malgré la peine et la gêne que nous pouvons en éprouver, car il s'agit
d'amis personnels, nous évoquerons enfin, dans la même ligne, car il
s'agit d'une doctrine et d'une vérité que partagent ces amis eux-mêmes,
l'explication autorisée qui a été donnée, en 1942, de la mise à l'index,
d'un livre du P. L. Charlier et d'une brochure du P. M.-D. Chenu.
Mgr Pietro Parente expliquait : « C'e inoltre da deplorare in questi due
libri la svalutazione delle prove positive della S. Scriptura e della
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