TRADITION ET MAGISTÈRE
Trente était aussi légitime que ceux d'Éphèse et de Chalcédoine;
le pape actuel avait la même autorité pour juger que S. Léon...
Ainsi l'idée historique de tradition pouvait se complémenter par
une théologie du magistère. Rationnellement, la légitimité de
cette démarche se justifiait, aux yeux de Newman, par l'hypo-
thèse du développement conçu comme le déploiement des
aspects d'une «< idée » qui gardait son type originel à travers ses
formes historiques 125. Avec Newman, - non qu'il ait été seul,
mais il a été, et il demeure jusqu'à ce jour, le principal classique
de la question, la notion de développement devenait une
dimension interne de celle de tradition. Newman avait apporté
une contribution décisive au problème des rapports entre magis-
tère et histoire dans la tradition.
Devenu catholique, il s'efforça aussi, en reprenant la docu-
mentation historique de ses Ariens et son idée d'office prophé-
tique, d'apporter une précision sur la part respective des fidèles
et de la hiérarchie enseignante 126. Non sans se référer à Möhler,
et en liaison avec l'analyse de la connaissance qui devait s'expri-
mer dans l'illative sense de la Grammar of Assent, Newman
donne toute sa valeur au sensus fidelium, que les Pères grecs
appelaient opóνnua. Cet instinct de la foi existe dans les fidèles
en dépendance de l'auditus fidei, donc de la prédication hiérar-
chique, mais il ne se réduit pas à cette part de la hiérarchie :
il lui ajoute une valeur propre, celle de la vie de l'ecclesia comme
telle. L'Église enseignante n'est pas toujours l'instrument le plus
actif de la grâce d'infaillibilité : on l'a vu, dit Newman, dans la
crise arienne. L'Église est un organisme hiérarchiquement struc-
turé, mais tout entier vivant. L'idéal est une conspiratio pasto-
rum et fidelium...
Scheeben († 1888) avait une remarquable connaissance des
Pères et des théologiens anciens, mais il n'avait ni la formation
ni la tournure d'esprit historiques de Newman. Par contre, il
avait une exceptionnelle puissance d'approfondissement concep-
tuel et de synthèse théologique. Son apport nous semble parti-
culièrement important, et remarquablement accordé à celui de
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