TRADITION ET MAGISTÈRE
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Blondel avait parlé d'extrinsécisme et d'historicisme; Billot
d'« abstraction ». L'encyclique Pascendi condamnait, chez les
modernistes, l'opposition entre le Christ de l'histoire et le Christ
de la foi, l'exégèse scientifique et historique, et l'exégèse théolo-
gique et pastorale 144. Elle entendait par là, non exclure la dis-
tinction entre tradition historique et tradition dogmatique, mais
affirmer que seule est pleinement valable, parce que seule de
niveau avec la nature propre de son objet, une lecture des textes
scripturaires ou patristiques faite à la lumière de la foi de l'Église
interprétée par le magistère 145
Ainsi l'un des résultats de la crise moderniste a-t-il été de
mieux faire prendre conscience de la plus-value que comporte
la foi de l'Église par rapport à ce que les disciplines purement
humaines du texte permettent d'y lire historiquement et criti-
quement. Déjà, devant la conception littérale fixiste du jansé-
nisme, le P. Adam disait qu'il faut lire les textes « avec les yeux
de l'Église ». Les premiers théoriciens catholiques du développe-
ment, Möhler et Newman 146, avaient souligné fortement qu'on
ne peut comprendre l'Église que du dedans et que l'histoire est
impuissante à procurer une justification critique adéquate des
formes développées de la croyance. Exiger cela serait réclamer
de l'explicite à l'implicite. L'idée d'un certain décalage entre ce
qu'une étude purement historique ou philologique peut nous
livrer et ce que l'Église peut tenir et lire dans sa tradition, est
une acquisition ferme de la théologie catholique actuelle 147. Au
point de vue du texte biblique, cette idée a pris différentes
formes. Beaucoup parlent aujourd'hui de « sens plénier » ou
<< translittéral ». Les différences, non négligeables en elles-mêmes,
qui existent d'auteur à auteur quant à la façon de définir exacte-
ment ce «< sens plénier » n'empêchent pas un accord essentiel
sur le point qui nous intéresse içi 148.
De quand date exactement, au plan du vocabulaire, la distinc-
tion entre << tradition historique » et « tradition dogmatique >>?
Il n'est pas aisé de le dire, mais c'est un point d'importance
secondaire. Avant le « mouvement assomptionniste », qui en fait
assez largement usage, on ne le rencontrait guère. O. Müller 149
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