LA TRADITION ET LES TRADITIONS
dit ne l'avoir trouvé, en Allemagne, que dans deux manuels
jésuites, celui de Dunin-Borkowski (Religion, Christentum und
Kirche, t. III, 5e éd., 1923) et la ge édition de la Dogmatik de
Pohle, par Gierens (1936, t. I, p. 45 s.). Nous l'avons rencontrée
chez F. Chr. Baur et chez H. Schell, mais pas exactement au
sens qui nous intéresse ici 150. La préparation et l'approche de la
dogmatisation de l'Assomption a multiplié l'emploi de cette
distinction, surtout par mode de critique et de réponse adressées
aux articles du savant patrologue B. Altaner, Zur Definibilität
der Assumptio B. M. V. (Theologische Revue, 1948, Nr 3; 1949,
Nr 3; 1950, Nr 1 151). Peu importe le vocabulaire si la notion
est présente. Nous croyons avoir montré que la distinction
devait être faite, au point de vue réel, dès que les sciences histo-
riques, ayant affirmé leur autonomie, ont été appliquées aux
bases documentaires de la foi et ont ainsi suscité, pour celle-ci,
questions et difficultés.
La distinction est nécessaire. Il y va de la nature non pure-
ment humaine des réalités, humaines pourtant, qui ont porté
dans l'histoire, la communication du plan et du mystère de
Dieu. Si vraiment l'Écriture est de Dieu, si vraiment les conciles,
lés Pères, les textes liturgiques, les autres expressions de la tradi-
tion, incorporent une action de Dieu, la seule puissance adé-
quate pour «< garder » et pour comprendre le sens, et de ces
témoignages, et de cette Écriture, c'est l'Église de Dieu, Épouse
et Corps du Christ. L'Église entière, croyante, aimante, pénitente
et priante, mais aussi enseignante, assistée pour enseigner et,
éventuellement, définir la vérité révélée. Il y a donc un seul
ordre adéquat de connaissance, ou de reconnaissance, de la tradi-
tion, en tant que celle-ci fait partie de l'Économie de la Révéla-
tion c'est la foi de l'Église, corps organique, communion des
fidèles et hiérarchie. La pure histoire atteint le phénoménal pure-
ment humain des expressions du donné chrétien : elle ne peut
avoir la lecture de l'Église, parce qu'elle n'en a pas les yeux.
Nous avons déjà rencontré, avec certaines présentations du
sensus Ecclesiae, sensus fidei, le danger qu'il pourrait y avoir à
tant exalter cette lecture par ces yeux de l'Église, ou encore
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