LA TRADITION ET LES TRADITIONS
DURAND DE SAINT-POURÇAIN, In III Sent., d. 24, q. I, n. 8-9:
<< Credimus Scripturam esse inspiratam, quia Ecclesia, quae regitur a
Spiritu Sancto, hoc approbat... Hoc autem quod dictum est de appro-
batione Scripturae per Ecclesiam, intelligitur solum de Ecclesia quae
fuit tempore Apostolorum... Unde Evangelia, quae per Ecclesiam
illam approbata sunt, non possunt nunc reprobari » (cité par J. BEU-
MER, dans Schol., 1950, p. 53, n. 60).
Ce souci de privilégier, comme constitutif et normatif, le temps
des apôtres, se retrouve, entre autres, chez THOMAS NETTER (cf.
F. KROPATSCHECK, op. cit., p. 377), chez RÉGINAL PECOCK († 1460,
The Book of Faith, éd. J. L. MORRISON, Glasgow, 1909, p. 251 S.;
cf. G. TAVARD, op. cit., p. 63). On le trouve, à l'époque de la Réforme,
chez JEAN DRIEDO, chez LATOMUS (cf. TAVARD, p. 170), chez FRANÇOIS
VITORIA, qui se rattache à Driedo (Comm. in IIam IIªe, q. 1, a. 10,
éd. B. DE HEREDIA, Salamanque, 1932, p. 55-56. Cf. ch. V, n. 61).
Driedo est particulièrement net. Il distingue soigneusement et avec
insistance l'Ecclesia quae nunc est et l'Église du temps des apôtres,
quant à leur autorité au point de vue de la puissance de révélation,
voir textes dans J. L. MURPHY, The Notion of Tradition in John
Driedo, Milwaukee, 1959, p. 78, n. 13; 94, n. 56-58; 102 n. 10; 103
n. 12; 104 n. 16; 192 n. 51. Il écrit aussi : « Nec concilium, nec papa,
potest extra scripturas sacras articulos fidei novos condere, nec tota
Christianorum Ecclesia potest efficere, ut novum nunc aut quintum
habeatur Evangelium (De ecclesiasticis scripturis et dogmatibus, lib. II,
c. 3, éd. Louvain, 1550, fol. 51º).
Quand Driedo écrit, Luther, qui ne l'a d'ailleurs sans doute jamais
lu, a déjà défini ses positions. Mais BARTHÉLÉMY DE USINGEN († 1532),
qui avait été son maître, avait écrit, en 1523, à l'adresse de son ancien
élève : « Auctoritas Sacrae Scripturae praevalet auctoritati concilio-
rum, papae et cuiuscumque in doctrina fidei et morum, nempe quia
Apostolis, non papae nec conciliis, Christus dederit potestatem
edendi S. Scripturae libros » (cité par N. PAULUS, Der Augustiner
Bartholomäus Arnoldi von Usingen, Freiburg, 1893, p. 77). De même,
le cardinal CAJETAN, devant lequel Luther comparut en 1518, avait
écrit, en 1511, dans son De comparatione auctoritatis papae et concilii,
c. 4 : « Apostolis, non papae, condendi libros Sacrae Scripturae
concessum est » (éd. POLLET, Rome, 1936, p. 34-35).
On pourrait multiplier des citations de ce genre en descendant le
temps jusqu'à notre époque. Contentons-nous de citer ce texte de
Mgr SALAS, répondant à Mgr Landriot, archevêque de Reims, au
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