TRADITION ET MAGISTÈRE
54-55 «Pratiquement, l'institution de l'apostolat, unique dans
P'histoire divine du salut, nous paraît dévalorisée par le magistère
infaillible de l'Église catholique. Ĉar par ce magistère-norme l'unicité
de l'apostolat se trouve annulée. Le temps des apôtres et le temps de
l'Église se trouvent confondus. Il est vrai que l'Eglise catholique pré-
tend interpréter, expliciter seulement le témoignage apostolique par ses
décisions qui constituent la tradition. Mais lorsque l'interprétation
ecclésiastique prend la même valeur normative pour tous les temps que
la norme apostolique elle-même, l'affirmation qu'il y a seulement inter-
prétation ne devient-elle pas une fiction? N'est-ce pas le propre d'une
vraie interprétation de ne pas avoir le même caractère définitif qui
revient à la norme elle-même? (...) D'ailleurs l'Église catholique ne
tend-elle pas à abandonner, sinon en théorie, en tout cas en fait, la
fiction de la tradition = interprétation de l'Écriture, lorsque dans la
justification du dogme proclamé en 1950, elle ne s'attarde pas à lui
donner une base scripturaire, mais s'appuie sur le consensus de l'Église,
comme si l'inspiration collective, dans l'Église, n'avait plus du tout
besoin d'être contrôlée par le témoignage apostolique, comme s'il suffi-
sait de la contrôler par le magistère infaillible du pape? »
W. SCHWEITZER, Schrift und Dogma in der Oekumene..., Gütersloh,
1953, p. 32: « Die Anerkennung der Offenbarungsquellen als höhere
Autorität ist hier nur theoretisch vollzogen. Denn dadurch dass die
Kirche etwas verkündet, wird es ja im gleichen Augenblick Bestandteil
der Tradition, also einer der beiden angeblich übergeordneten Offen-
barungsquellen. » L'auteur ajoute : « Der Fall, dass ein kirchlich ver-
kündigter Satz nicht in der Offenbarung gegründet wäre, kann deshalb
hier gar nicht eintreten » (p. 32-33). Comp. encore E. L. MASCALL,
Autour du dogme de l'Assomption, dans Dieu vivant, nº 18 (1950),
p. 104-105; M. THURIAN, Le Dogme de l'Assomption, dans Verbum caro,
1951, p. 10, 15-16; Fr. HEILER, Das neue Dogma im Lichte der Geschichte
u. im Urteil der Oekumene, Munich-Bâle, 1951, p. 145, 222; F. J. TAY-
LOR, dans Scripture and Tradition, ed. by F. W. DILLISTONE, Londres,
1955, p. 85-86. Comp. infra, n. 121, 122.
21. Voir notre notice Gallicanisme, dans Catholicisme, t. IV, col. 1731-
1739. C'est au nom d'une notion de tradition de ce type, que des
hommes aussi érudits que Jean Launoi ou Muratori, d'autres encore,
moins connus, se sont opposés, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à la dogmati-
sation possible de l'Immaculée Conception ou de l'Assomption de
Marie. Cf. CL. DILLENSCHNEIDER, Le Sens de la foi et le progrès dogma-
tique dumystère marial, Rome, 1954, p. 108-109, 368-369. Très significatif
est aussi l'Examen critique de la Théologie de Poitiers, Paris, 1765, p. 2 s.
22. Voir V. MARTIN, Les Origines du gallicanisme, Paris, 1939, t. I;
FR. HEILER, Altkirchliche Autonomie u. Päpstlicher Zentralismus,
Munich, 1941.
23. Voir P. POLMAN, L'Élément historique..., p. 545; R. SNOEKS,
L'Argument de tradition dans la controverse eucharistique entre catholiques
et réformés français au XVIIe siècle, Louvain, 1951.
24. Point souvent noté. Voir par exemple A. DE MEYER, Les Pre-
mières Controverses jansénistes en France (1610-1640), Louvain, 1919,
P. 475-478. D'où cette proposition censurée par Alexandre VIII, le
281
