LA TRADITION ET LES TRADITIONS
les choses sont ce qu'elles sont, la Tradition est, avec l'Écriture, le lieu
théologique foncier; le magistère, comme tel, n'est que son critère »
(R. Thom., 14 (1906), p. 481). Comp. DE GROOT, cité supra, n. 75.
Entre S. Thomas et la théologie moderne, il y a, croyons-nous, le
passage d'une considération de la foi, et de l'Église comme Congregatio
fidelium, du plan des vertus théologales comme vie intérieure person-
nelle, au plan de la profession externe de la croyance. Voir une étude
sur la formule Ecclesia Congregatio fidelium, à paraître, s'il plaît à
Dieu. Passage analogue et corrélatif, de la considération de l'hérésie
comme péché (personnellement commis) à sa considération comme fait
historique, extérieur, comme état collectif de dissidence. Cf. sur ce
point CH. JOURNET, L'Église du verbe incarné, Paris, 1951, t. II, p. 708 s.
Il y a eu aussi le développement d'une considération privilégiée de
l'aspect dogma dans l'objet de foi, au sens précis (et étroit) du mot
dogma article de foi défini et promulgué par l'autorité, devenu une
loi pour l'Église et affecté comme tel de sanctions juridiques.
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85. Cursus theologiae. Tract. De regulis fidei, diss. II, a. 1 (cf. D. T. C.,
t. XV, col. 1328).
86. Voir par exemple la Thèse 7 de J. V. BAINVEL, De Magisterio
vivo et Traditione, Paris, 1905, p. 56. Mais ailleurs, le P. Bainvel, qui
était anxieux de nuancer sa pensée, fait une place au corps des fidèles.
87. Deux exemples de passages supprimés dans l'édition indiquée
en dernier lieu : 10 W. WILMERS, S. J., Lehrbuch der Religion, t. I, 1851
(7º éd. par le P. J. HONTHEIM, 1909, p. 172; 8e éd. par le P. A. DENEFFE,
1922, p. 161): « Das Ueberlieferte wird zuweilen als die objektive oder
materiale, der Akt des Ueberlieferns als die subjektive oder formale
Tradition bezeichnet. Diese wiekliche Fortpflanzung ist nicht durchaus
dasselbe mit der kirchlichen Lehrgewalt. Die Lehrgewalt oder vielmehr
die Ausübung der Lehrgewalt ist eine Art der Fortpflanzung. An der
Fortpflanzung des mündlich Ueberkommenen nehmen alle Gläubigen
teil, insbesondere die Eltern, welche ihre Kinder im Glauben unter-
richten. » 2º B. BARTMANN, Lehrbuch der Dogmatik, § 7, 1905 (2e éd.,
1911, p. 30; 6e éd., 1923, t. I, p. 28 ou 7º éd., 1928, p. 26): « Sie (die
Tradition) darf aber nicht mit dem kirchlichen Lehramte einfach iden-
tifiziert werden, weil sie doch auch wieder den Ueberlieferungsorganen
gegenüber eine eigene objektive Grösse ist, der jene Organe untergeord-
net sind und bleiben. Das Wort: die Tradition bin ich, das dem
Papste Pius IX, unterschoben wird, ist nicht zu beweisen » (pour cette
dernière affirmation, voir infra, n. 111). Les deux faits textuels sont
signalés par DENEFFE (p. 119 et 120), qui est l'auteur de l'un d'eux,
mais il ne leur attribue pas le même sens que nous.
88. Op. cit., p. 56.
89. Ainsi L. BILLOT, op. cit. infra (n. 92), 1907, c. I, §3, p. 25-30;
comp. 2, p. 20; BAINVEL, op. cit., nº 39, p. 47; l'encyclique Humani
generis du 12 août 1950 appelle le magistère « norme prochaine et
universelle de vérité » (A. A. S., 42 (1950), p. 567).
90. Certains vont jusqu'à dire qu'elles pourraient suffire pour les
doctes, et que le magistère est surtout utile comme règle pratique et
immédiate, dispensant de la difficile enquête de théologie positive.
Voir S. HARENT, art. Foi, dans D. T. C., t. VI, col. 161-162.
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