LA TRADITION ET LES TRADITIONS
c'est-à-dire qu'il nous faut avoir un jugement que nous regardions
comme supérieur au nôtre quand la vérité est en question. Si le chris-
tianisme est à la fois social et dogmatique, et qu'il soit destiné à tous les
siècles, il doit, humainement parlant, avoir un organe infaillible. Sans
cela vous obtiendrez l'unité de forme au détriment de l'unité de doc-
trine, ou l'unité de doctrine au préjudice de l'unité de forme; vous
aurez à choisir entre le latitudinarisme ou l'erreur de secte; vous pour-
rez être tolérant ou intolérant pour des divergences de pensées, mais
vous aurez des divergences. >>
125. Son Essay, disait lord Acton, avait permis à Newman de faire
prédominer la voix de l'Église présente sur les textes du passé (CHAD-
WICK, op. cit., p. 129).
126. Voir l'article du Rambler, juillet 1859, p. 198-230, On consulting
the Faithfull in matters of doctrine, traduit dans Pensées sur l'Église,
p. 402-439.
127. Textes essentiels: Mysterien (1865), § 80; Dogmatique, trad.
P. BELET, Paris, 1877, t. I; Die theologische und praktische Bedeutung des
Dogmas von der Unfehlbarkeit des Papstes..., dans Das ökumenische
Concil vom Jahre 1869, II, p. 505-547 et III, p. 81-133 (extraits trad.
dans Le Mystère de l'Eglise et de ses Sacrements, trad. A. KERKVOORDE,
Paris, 1946). Voir W. BARTZ, Die lehrende Kirche. Ein Beitrag zur
Ekklesiologie M. J. Scheebens (Trierer Th. St., 9), Trèves, 1959.
128. Mysterien, loc. cit.; Die theologische...; Dogmatique, § 7, n. 57;
S8, n. 69, 72, 83 (cathedra signifie à la fois la fonction d'enseignement
et l'autorité d'enseigner); § 10, n. 126; § 22, n. 317; § 23, n. 354; § 43,
n. 768. Pour le cadre général, voir notre rapport au Colloque d'ecclé-
siologie du XIXe siècle (Strasbourg, nov. 1959), Strasbourg et Paris,
1960.
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129. Voir Mysterien, loc.cit. : KERKVOORDE, op. cit., p. 96-97. Compa-
rer Manning cité supra, n. 32.
130. Die lebendige Ueberlieferung als Norm des christlichen Glaubens.
Die apostolische Tradition in der Form der kirchlichen Verkündigung
das Formalprinzip des Katholizismus, dargestellt im Geiste der Tradition-
slehre von Joh. Ev. Kuhn (Die Ueberlieferung i. d. neueren Theol., III),
Freiburg, 1959, p. 297.
Kuhn s'est d'abord affronté, étant professeur d'exégèse, avec le pro-
blème posé par Strauss, 1835 (cf. infra, p. 264); il a développé alors
l'idée très intéressante que les Évangiles écrits ne sont pas des récits
événementiels, mais dépendent de la prédication apostolique du salut
et veulent apporter, pour la foi, la preuve que Jésus est Messie. Devenu
professeur de dogme (1839), Kuhn se contenta d'abord de s'inspirer de
Bellarmin, en suivant son interprétation de l'Écriture et de la tradition
considérées comme deux sources partielles. Quand, en 1858-1859,
Kuhn reprit la question, il revint à sa première vue d'exégète, qui
était la bonne, et conçut dès lors la tradition comme l'explication vivante
et normative du contenu de l'Écriture, proposée par la prédication
hiérarchique à travers le temps (où elle connaît un développement,
par la nécessité de présenter aux hommes les vérités dont ils ont besoin).
Pour Kuhn, la « tradition vivante » n'est pas, comme pour le Möhler
du début, le sensus Ecclesiae (aspect subjectif), mais la vérité vivante
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