LA TRADITION ET LES TRADITIONS
doctrina salutaris à partir de quelques témoins pour lesquels elle
est une révélation immédiate. Et ceci de telle manière que tous
les hommes ainsi bénéficiaires de cet enseignement et qui l'au-
ront accueilli dans la foi, forment spirituellement un seul peuple,
un seul corps, bref une Église. Et ceci encore, non pas simulta-
nément, ou en un court espace de temps, mais à travers un long
déroulement de générations et de siècles.
Le plan de Dieu est ainsi à structure de mission et de tradi-
tion: ces deux choses ont pour loi profonde une identité de
tâche ou de contenu, assurée malgré la substitution d'une per-
sonne à une autre, et donc par la trame d'une médiation. Il y a
mission quand quelqu'un fait assurer par un autre la tâche dont
il a la charge, et tradition quand un même objet est communiqué
successivement à d'autres, à partir d'un premier possesseur.
Dans l'une ou dans l'autre, cependant, la médiation créée n'em-
pêche pas l'immédiation de la présence spirituelle active du Dieu
qui est la source de tout (cf. E. H., p. 23-24, à propos du apo
tou Kuriou de S. Paul). Par la mission et par la tradition, le
christianisme est un héritage ou une transmission, et il est une
communion ou un peuple. Considérons successivement ces deux
aspects, évidemment liés l'un à l'autre.
Héritage et transmission.
Les grands Scolastiques marquent toujours que, dans la foi
qui répond à la Révélation, s'opère une union de grâce intérieure
et de détermination extérieure des objets de la croyance. Il se
produit une union d'un événement personnel, qui atteint ver-
ticalement une conscience, et d'une transmission de type his-
torique et social, horizontale si l'on veut. Cette transmission a
pour sujet, au plan humain - car le Saint-Esprit en est le sujet
souverain et transcendant, le principe profond de permanence
ou d'identité, un organisme qui porte et réalise le grand
enchaînement énoncé par S. Paul: «Quiconque invoquera le
nom du Seigneur sera sauvé (Fl, 3, 5; Ac., 2, 21). Comment
l'invoquer sans d'abord croire en lui? Et comment croire sans
d'abord l'entendre? Et comment entendre sans prédicateur? Et
comment prêcher sans être d'abord envoyé? Ainsi la foi naît de
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