ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
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la prédication et, de cette prédication, la Parole du Christ est
l'instrument »> (Rm, 10, 13-17). C'est dire que l'Église et, en elle,
plus spécialement, un ministère mandaté, sont organes de trans-
mission ou de tradition du message salutaire.
La tradition, entendue ici dans son sens le plus compréhensif,
est un cas, le cas majeur, de la loi tout à fait générale selon laquelle
les hommes sont dépendants les uns des autres et doivent faire
quelque chose les uns pour les autres. L'analyse élémentaire de
la notion de tradition comme fait de transmission ou de livraison,
montre d'ailleurs qu'elle implique deux personnages, un qui
transmet ou livre et un qui reçoit 8. Cette structure d'interdé-
pendance humaine ou de médiation fraternelle est un trait extrê-
mement profond de la condition humaine d'abord, de la condi-
tion chrétienne ensuite. Nous faisons partie d'un monde. La
fécondation par un autre, le recours à un autre pour se réaliser
soi-même, est une loi générale de la vie, chez les vivants corpo-
rels tout au moins. On peut se donner la mort à soi-même, on
ne peut se donner la vie. A l'intérieur même de la sphère des
vivants, une espèce vit d'une autre et l'équilibre du tout est assuré
par ses parties, « c'est une immense trame, une robe sans cou-
ture 9 ». Dans le cours normal des choses, on reçoit la foi d'un
autre 10; on ne peut pas se baptiser soi-même ¹¹. Ainsi les per-
sonnes dépendent normalement les unes des autres pour la réali-
sation de leur destinée surnaturelle. Elles sont appelées à com-
munier dans le même bien de vie divine, en en recevant le
principe de quelque autre : fait dans lequel il est permis de voir
un reflet de la vie divine elle-même, qui est don d'une Personne
à une autre.
Le christianisme est une communion.
Ces relations de don et de réception, de dépendance et
d'échanges, ne s'égrènent pas seulement de façon linéaire d'un
individu à un autre. Elles sont essentiellement communautaires.
En ce sens, d'abord, que ce qui est transmis agrège à une com-
munion. Les Actes aiment exprimer l'accroissement de l'Église
en disant que de nouveaux disciples étaient adjoints au groupe
de ceux qui croyaient déjà, et finalement adjoints aux Apôtres
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