LA TRADITION ET LES TRADITIONS
était essentiellement une foi transmise et livrée, un objet de
napádoσs ou traditio. L'emploi majeur de ces mots se trouve
évidemment dans le contexte de la Traditio et de la Redditio
symboli, dont le Sitz im Leben doit être cherché en Occident, à
Rome et en Afrique surtout, au ive siècle.
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Tradere, Traditio étaient des termes de droit romain ³¹. Leur
sens était : transmettre un objet, avec, chez l'un, l'intention
d'aliéner et, chez l'autre, l'intention d'acquérir. Par exemple,
pour la cession d'une maison ou d'un magasin, on en livrait les
clefs tradition clavium. Le génie juridique germanique, d'autre
part, affectionnait de traduire les actions dans des symboles
significatifs. Son inspiration ne put que renforcer l'influence
romaine. C'est ainsi que le haut moyen âge connut une traditio
instrumentorum dans les ordinations, une traditio puellae dans
la célébration du mariage, une traditio episcopatus ou vestitura,
investitura, dans la remise d'un évêché par un seigneur 32.
Il est clair d'ailleurs que si le vocabulaire était le même, la
différence était profonde entre la traditio juridique et la traditio
de la croyance baptismale : dans celle-là, le premier possesseur
aliène sa possession; dans celle-ci, il fait communier avec lui une
autre personne, à un même bien qu'il n'aliène pas. La foi est
spirituelle, elle peut être possédée par une infinité d'hommes
sans qu'aucun perde rien: au contraire, chacun s'enrichit avec
tous et de tous. C'est une communion.
Le rite de la traditio et de la redditio symboli est lié à deux réa-
lités bien définies 33: 10 l'organisation du catéchuménat, non
seulement comme instruction du néophyte- ce qui a dû exister
dès le début, mais comme réalité liturgique, dont les étapes
se distribuaient durant le carême; 2º l'existence d'un symbole
en tant que formule officielle dans laquelle une Église déclare la
foi que doivent professer ses fidèles.
Il a existé, dès le début, des professions de foi plus ou moins
stéréotypées, répondant à différents besoins. Cela ressort du
Nouveau Testament lui-même. Le baptême a toujours été
accompagné d'une confession de la foi; très tôt, sans doute déjà
dans la pratique apostolique, cette nécessaire profession se fai-
sait par mode de réponse à quelques questions touchant les
bases de la foi salutaire 4. Un signe d'acquiescement pouvait
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