LA TRADITION ET LES TRADITIONS
les interrogatoires et les réponses qui accompagnaient la triple
immersion du baptême. Ainsi était-on vraiment baptisé dans la
profession du symbole. Le mot de S. Cyprien, «Novatianum...
eodem symbolo quo et nos baptizare 45 » ne vise peut-être que
les interrogations baptismales, non un symbole rédigé sous forme
d'exposé de la croyance: théologiquement, il n'y a pas de diffé-
rence. On est baptisé dans la foi que l'on professe.
Les textes patristiques et liturgiques anciens expriment ici,
avec une plénitude que toute analyse déflore, une continuité et
même une unité foncières entre la foi conçue dans le cœur, pro-
gressivement éduquée dans le sein maternel de l'Église, profes-
sée dans le baptême où l'homme s'engage et se consacre, sanc-
tionnée par l'acte corporel du baptême- plongée dans le mystère
pascal du Christ, à travers, tout à la fois, l'eau et la profession
de la foi trinitaire —, enfin la foi professée en louange 46. Dans
ces textes, l'enchaînement ou l'unité de ces moments apparaît
comme la réalisation du précepte du Seigneur déjà cité, Mat, 28,
19-20, et aussi de textes apostoliques comme Rm, 10, 10, « la
foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le
salut ». Ainsi la profession de foi fait corps avec l'acte même du
baptême: on est baptisé en elle et dans l'eau, conjointement.
Les mêmes expressions sont appliquées à la formation ou à la
profession de la foi et au sacrement corporel : on en est pénétré,
imbutus 47. La profession de la foi est l'« essence même du bap-
tême 48 ». Le même mot, fides, désigne la foi comme disposition
et engagement personnels, la foi comme croyance objective pro-
fessée, le symbole dans lequel elle s'exprime, et le sacrement de
l'eau qui est aussi celui de la foi 49. Cette foi est le commence-
ment du salut. Elle commence à en effectuer la réalité en même
temps qu'elle est information et conviction à son sujet; elle cou-
ronne à la fois une catéchèse et une mytagogie, une pédagogie
et une conversion 50.
Or foi, symbole et sacrement sont reçus. L'orthodoxie, vraie
croyance et vraie louange, est essentiellement ce qu'on a reçu
de ceux qui, tout ensemble, nous ont enseigné la règle de foi
et nous ont baptisés en sa profession en même temps que dans
l'eau. C'est pourquoi S. Cyrille d'Alexandrie comparait Nes-
torius à un dragon malfaisant qui méprisait « la tradition des
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