LA TRADITION ET LES TRADITIONS
de la Passion . Des diacres apportaient un livre de chacun des
Évangiles, qu'ils déposaient aux quatre coins de l'autel. On expli-
quait brièvement aux catéchumènes ce qu'est l'Évangile (cf. infra,
p. 281, n. 142 et on leur lisait le début de chacun d'eux, en expli-
quant son caractère propre, en liaison avec le symbolisme des
quatre animaux. Cette cérémonie, qui n'a eu ni une diffusion
universelle, ni un destin très durable, s'est cependant maintenue
par places jusqu'à l'époque moderne.
Dans la liturgie ambrosienne, à Milan, la traditio (expositio)
Evangeliorum était remplacée par une traditio legis qui avait
lieu le premier dimanche de carême. On lisait un chapitre de
l'Exode 61. Le fait est isolé, si nous ne nous trompons. Dans les
textes relativement nombreux du Ive siècle qui présentent le
christianisme comme loi, il s'agit de l'ensemble de la doctrine,
non de la loi mosaïque ni même du Décalogue. D'autre part, la
désignation de certains thèmes iconographiques comme traditio
legis est une désignation moderne, dont la pertinence a été mise
en question et même récusée au nom d'arguments très sérieux 62.
Si le thème apparaît dans la décoration de certains baptistères,
il semble difficile de tenir que les baptistères fussent les lieux
propres de son apparition, et, par contre, assez facile d'expliquer
sa présence en de tels lieux à partir d'une valeur plus générale
de ce thème, englobant aussi d'autres applications. Nous n'en
ferons donc pas cas ici 63.
Le symbole qui était ainsi livré et reçu, non seulement comme
enseignement, mais comme principe de vie et de salut, était la
foi apostolique.
Cette idée a pris, au cours des âges, différentes formes. On a
attribué la rédaction même du symbole aux Apôtres 64. A par-
tir du ve siècle, une légende s'est répandue, qu'on peut suivre,
avec des variantes dans le détail des attributions, jusqu'à la fin
du moyen âge, selon laquelle chaque Apôtre aurait formulé un
des douze articles du Credo 65. Les études historiques dont le
début remonte, en ce qui concerne le symbole, aux humanistes,
ont conduit à abandonner non seulement la légende, à laquelle
les meilleurs esprits n'étaient d'ailleurs pas attachés, mais l'idée
de composition du symbole par les Apôtres 66. Il est resté l'idée,
26
