ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
:
commentait le mot de S. Luc, « Marie conservait ces choses
en son cœur », et il montrait en la Mère de Dieu
notre modèle, tant pour accepter la foi que pour l'étudier. Il ne lui
suffit pas de l'accepter, elle s'y arrête; non seulement elle la possède,
mais en même temps elle s'en sert; elle lui donne son assentiment,
mais elle la développe; elle soumet sa raison mais elle raisonne sa
foi non pas, comme Zacharie, en raisonnant d'abord pour croire
ensuite, mais en croyant d'abord, puis, par amour et révérence, en
raisonnant sur ce qu'elle a cru. Ainsi elle symbolise pour nous, autant
que la foi des simples, celle des docteurs de l'Église, qui ont à cher-
cher, à peser, à définir comme à professer l'Évangile; à distinguer la
vérité de l'hérésie, à prévoir les diverses aberrations d'une fausse rai-
son, à combattre avec l'armure de la foi l'orgueil et la témérité, et
ainsi à triompher du sophiste et du novateur
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Même en cette activité de l'esprit, il ne s'agit pas d'une fidé-
lité purement intellectuelle de raisonnement. C'est une des don-
nées les plus fermes de l'expérience chrétienne, une de celles
que, dès l'époque subapostolique, les apologètes chrétiens ne
cessent d'affirmer, qu'en matière de foi et de salut il n'y a pas
de droiture possible, même dans la connaissance, sans une cer-
taine qualité d'existence 79. « Ne pas écouter la parole, dit
S. Grégoire, c'est ne pas la mettre en action dans la vie 80. » Dans
le Nouveau Testament, « garder la Parole » est équivalent de :
édifier sur le fondement du Christ, s'enraciner et croître dans
le Christ 81. Cela même suppose, de notre part, autre chose
qu'une réceptivité toute passive: un échange de don. Oui, Dieu
donne tout, et pourtant nous devons nourrir son action en nous,
de notre substance vivante. Il faut nourrir sa vie de la Parole,
mais on ne peut le faire sans se livrer soi-même, sans nourrir la
Parole de sa vie. C'est un don mutuel, un échange, une sorte de
banquet dans lequel la vérité, le Christ, d'un côté, l'homme
fidèle de l'autre, sont l'un pour l'autre convive et nourriture:
ils s'incorporent l'un à l'autre 82. L'alliance, qui fait le Peuple
de Dieu, va jusqu'à un mariage spirituel, donc un commerce,
une réciprocité, et même finalement << une seule chair »>, un corps
du Christ.
Toute âme est épouse; l'Église est épouse. Tout fidèle est
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