LA TRADITION ET LES TRADITIONS
membre, l'Église est corps. L'accueil et la conversation vivante
de la Parole se réalisent en chaque chrétien, mais ils ne sont
adéquats, ils ne sont pleinement ce que Dieu veut qu'ils soient,
que dans le corps total, à l'édification duquel sont ordonnées et
les fidélités personnelles, et l'œuvre des ministères (Ép, 4, 12-
13). La foi, élément générateur du rapport religieux, est reçue,
puis vécue, dans l'Église, en sa réalité concrète et historique.
Quand le rédacteur de la seconde épître de Pierre dit : « Aucune
prophétie d'Écriture n'est objet d'explication personnelle (2 P.,
I, 20), il entend non seulement que celui qui l'a prononcée l'a
fait de par Dieu, non par volonté personnelle (voir v. 21), mais
aussi que celui qui la reçoit doit l'entendre et l'expliquer (êπtλúelv:
cf. Mc, 4, 34; Ac, 19, 39) dans la communion de l'Église,
non selon son sens tout personnel 83. La foi du chrétien est tou-
jours entourée, comme de sa sphère de vie, par la réalité concrète
de l'Église; oserions-nous dire, par analogie avec «< biosphère
ou «noosphère » : entourée, revêtue, pénétrée, d'une « ecclé-
siosphère »>?
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Il est important pour notre sujet de réfléchir un moment sur
l'historicité de cette Église, sur le temps propre de l'Église et
sur ce qui résulte de tout cela pour la tradition.
*La foi salutaire est reçue par des esprits qui doivent la consi-
dérer, non seulement comme un absolu, mais comme un dépôt
donné une fois pour toutes depuis les Apôtres, et s'y référer,
en conséquence, « sans y rien ajouter, sans en rien soustraire 84 ».
Mais, en même temps, ces esprits doivent le « recevoir » de
façon vivante et selon ce qu'ils sont. Or ce sont des esprits
humains. Leur structure est celle d'esprits discursifs, à percep-
tions successives et partielles; donc, aussi, d'esprits qui s'ac-
complissent seulement dans le commerce d'autres esprits, en
recevant et en échangeant; enfin d'esprits vivant dans une durée
temporelle cosmique et biologique. L'historicité est un attribut
de l'esprit humain 85.
Il l'est d'une première manière ou à un premier niveau, en
ce sens que l'homme vit dans le temps, qu'il a besoin du temps,
que ses acquisitions sont datées, successives, situées dans une
trame où elles occupent une place définie par un avant et un
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