ANALYSE ET SYNTHÈSE DE L'IDÉE DE TRADITION
pour être annoncé et être cru (finales de Mt, Mc et Lc; Ac, I,
6-8): c'est l'Évangile. Ce sont, nous l'avons vu, des événements
de soi publics et qui sont destinés à être publiés ". Paroles, inter-
ventions de Dieu, faits de la vie et de la Pâque du Christ, insti-
tutions posées par lui, sont autant d'éléments qui ont inauguré
un trait du rapport d'alliance et qui vont désormais à sa consom-
mation universelle « par des commencements qui n'ont jamais
de fin ».
Une forme de rapports est désormais posée dans le monde et
offerte à tout homme, de siècle en siècle, pour qu'il entre libre-
ment en elle et qu'il en use en vue de son salut et du terme que
Dieu a fixé pour son œuvre. A chaque instant de l'histoire où
un homme entre dans l'alliance et inscrit à son bénéfice ce qu'elle
lui offre de vérité et de vertu salutaires, un moment de l'histoire
du salut est vécu, où cette histoire se réalise, par la vertu de
l'Esprit Saint, comme histoire divine dans des conditions qui
dépassent celles de l'histoire purement terrestre. Dans l'Histoire
sainte postpentecostale et postapostolique, il n'y a plus d'ap-
port constitutif nouveau, en ce sens que tout a été donné, tout
se trouve virtuellement en Jésus-Christ. Et pourtant, tout est
nouveau en chaque instant où joue la liberté d'un homme mue
par la grâce de Dieu, et tout va à un terme qui est purement
et simplement le terme de l'histoire universelle.
L'Histoire sainte, où le dessein de Dieu s'accomplit par la
vertu de Dieu, totalise une triple présence: celle des actes salu-
taires posés une fois pour toutes et qui agissent, non par simple
référence mentale du souvenir, mais par une vertu actuellement
opérante; celle du terme qui est visé et, de nouveau, pas seule-
ment par la pensée et le désir, mais comme un fruit présent
dans son germe; celle de l'union à Dieu actuellement réalisée
à la fois comme fruit de ce qui la fonde, comme germe de ce
qu'elle procurera et comme réalité présentement vécue. C'est ce
qu'on peut appeler la nature sacramentelle du temps de l'Église.
Il y a une ontologie propre de chaque ordre de choses. Il y a
une ontologie des rapports interpersonnels. Il y a une ontologie
propre du ciel, formulée par saint Paul en ces cinq mots d'une
densité insurpassable, « Dieu sera tout en tous » (1 Co, 16, 28).
Il y a une ontologie propre de l'Histoire sainte, qui est appa-
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