LA TRADITION ET LES TRADITIONS
enseignera tout et vous rappellera ce que je vous ai dit » (Jn, 14,
25-26); « Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous conduira
vers la vérité tout entière; car il ne parlera pas de lui-même; mais
tout ce qu'il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses
à venir. Il me glorifiera, car c'est de mon bien qu'il prendra
pour vous en faire part » (16, 13-14). Ces paroles ont été dites
immédiatement aux Apôtres, mais il est difficile de ne les pas
appliquer à toute l'Église. La révélation est close, mais sans
cesse est donné un « esprit de révélation 100 » qui en fait vivre
et pénétrer le sens.
C'est ainsi que la tradition est développement en même
temps que transmission. Il est impossible que le vrai rapport
religieux soit gardé sans que la substance en fructifie. Ce qu'on
a reçu et professé dans le baptême devient, dans la vie du chré-
tien, louange et service, témoignage, réponse et initiative 101.
Les Pères ont vu les conciles et les conciles se sont vus eux-
mêmes comme continuant, dans des conjonctures inédites et en
réponse à des requêtes nouvelles du temps, la manifestation du
mystère de Dieu et du vrai rapport religieux faite par les pro-
phètes, le Seigneur et ses Apôtres. Nous avons déjà rencontré,
de ce fait, de très nombreux témoignages 102. Pour les Pères,
pour les conciles, pour les théologiens du haut moyen âge et de
la Scolastique, la Révélation inclut, comme son rayonnement
dans l'histoire humaine, la totalité de la manifestation de Dieu
dans l'intelligence que, sous l'action du Saint-Esprit, l'Église
prend progressivement des implications du vrai rapport reli-
gieux. Il s'opère ainsi une certaine croissance, en ce sens que ce
qui était enveloppé dans le dépôt hérité des Apôtres est déve-
loppé, déployé ou déplié. L'Écriture, témoignage prophétique
et apostolique sur le dessein de Dieu, s'explique dans la tradition:
à cet égard, il y a plus dans la parole ecclésiale (et, éventuelle-
ment, dans quelque « définition » du magistère extraordinaire)
que dans le texte de l'Écriture, philologiquement étudié et his-
toriquement compris. Mais le magistère et l'Église doivent reve-
nir sans cesse au point de source, normatif, du dépôt transmis.
Ce faisant, ils se replongent dans une plénitude qui les dépasse :
il y a plus dans la source que dans ce qu'elle alimente 103. « Tout
scribe devenu disciple du royaume des cieux est semblable à
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