LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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christianisme primitif, mais la totalité de ce qui s'est dévoilé du
Christ au cours des âges. Rien n'est perdu des acquisitions
valables du passé. Il peut s'opérer en principe, à chaque moment,
une totalisation de ce qui a été ainsi reçu et vécu. C'est à cela
que s'efforce la « théologie positive » au sens précis du mot. Elle
cherche, à travers les monuments qui nous sont parvenus, à
saisir la totalité du sens catholique du dépôt tel qu'il s'est affirmé
et déployé dans toute la communion de foi issue des Apôtres 107.
Il faut d'ailleurs reconnaître qu'on ne peut saisir cette tota-
lité par la seule voie de l'intelligence, ni par celle de la recherche
historique ni même par celle d'une définition dogmatique. Ce
n'est possible que dans la communion vivante dont la richesse
ne s'exprime que partiellement au plan de la connaissance
explicite. Nous aurons à revenir sur ce point.
Peut-on valablement appeler «< tradition » cette thésaurisation
d'explications? Ces explications rentrent-elles dans le contenu
transmis ou ne sont-elles que la forme de la transmission? Le
protestantisme refuse, au nom de la qualité unique et privilé-
giée du dépôt apostolique que tout cela rentre dans le contenu :
ce serait assimiler l'Histoire à la Révélation.
La réponse catholique, contenue dans les positions tenues
depuis toujours, a été formulée dans la théologie post-triden-
tine. Elle consiste en son fond à savoir que l'opération divine
continue dans l'Église, non pour révéler ou fonder la structure
essentielle, mais pour faire vivre et comprendre les implications
du rapport religieux 108. L'élaboration moderne de cette théolo-
gie de toujours a surtout consisté à développer et à justifier une
doctrine du magistère comme sujet décisif de la tradition active.
Assisté pour cela par le Saint-Esprit, le magistère discerne, dans
la tradition matérielle, laquelle englobe les formes historiques
de transmission et la luxuriance des explications et des expres-
sions, ce qui est vraie tradition apostolique ou sens de cette
tradition.
Les protestants, une nouvelle fois, récusent cette justification
en disant qu'elle revient à attribuer au magistère vivant un pou-
voir équivalent à celui de révélation (cf. E. H., p. 280 s., n. 20).
Du côté catholique même, on a noté que la réponse, si juste
soit-elle, ne saurait s'arrêter là. Le magistère est une puissance
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