LA TRADITION ET LES TRADITIONS
renfermé dans les seules Écritures, mais dans les livres et des
traditions non écrites. Le concile voit les traditions dans le
cadre de l'apostolicité, et le respect de ces traditions comme une
condition de notre fidélité envers la plénitude de l'héritage des
Apôtres. Ne garder, de celui-ci, que les écrits, serait n'en pas
tout garder. Car les Apôtres n'ont pas laissé que cela.
Quant à l' « Évangile » lui-même, le concile le caractérise
ainsi : 1º il a été promis antérieurement par les prophètes dans
les saintes Écritures 109; 2º Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils de
Dieu, l'a pour la première fois promulgué de sa propre bouche.
En son sens premier, « Évangile » désigne donc la prédication de
Jésus-Christ; 3º Jésus a donné à ses Apôtres l'ordre de le prê-
cher à toute créature (Mt, 28, 19 s.; Mc, 16, 15) comme la
source universelle et unique (omnis), tant de la vérité du salut
que des règles de comportement (chrétien). Donc, l'Évangile
remplit les trois moments historiques de l'existence du Peuple
de Dieu. Sous l'Ancienne Disposition, il est promis: il est le
contenu prophétique des Écritures de l'Ancien Testament 110.
Il est promulgué comme réalité advenue par Jésus-Christ, c'est-
à-dire par Dieu lui-même fait chair, durant le temps de son exis-
tence terrestre. Il est le contenu de la prédication qui fait l'objet
du mandat apostolique; comme tel, il est la source de tout ce
qui a, pour le peuple chrétien, valeur de règle, tant dans l'ordre
de l'action ou du culte que dans l'ordre de la pensée religieuse
et qui parvient à chaque génération, tant par la voie des écrits
que par d'autres modes de transmission. Bref, il est la charte du
rapport religieux de l'alliance renouvelée à jamais en Jésus-Christ.
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Ad. Harnack s'étonnait, en 1910, que l'histoire de la notion
d' « Évangile »> n'ait jamais été faite 111. Effectivement, la notion
a été remarquablement bien étudiée au niveau de l'exégèse
biblique 112. On l'a suivie chez les auteurs des trois premiers
siècles 118. Les historiens protestants la retrouvent ensuite chez
les Réformateurs, précédés par quelques « préréformateurs »>.
Entre les deux, à part la poussée d' « évangélisme » dont Fran-
çois d'Assise est la plus belle fleur, et l'équivoque « Évangile
éternel » des joachimites ou des spirituels franciscains, il semble
que le fleuve se soit perdu dans les sables ou ait cheminé souter-
rainement.
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